J'aime beaucoup Marseille, je trouve que c'est une ville vivante, colorée, généreuse, ancrée dans des siècles d'histoire, maintenant elle se tourne vers l'avenir.
C'est ce que j'ai pu constater la semaine dernière en allant me promener du côté de la Major, du Panier et du Vieux Port.
La Major, seule cathédrale construite au XIXème siècle, de style romano-byzantin, reprend toute sa splendeur dans un espace redimensionné et réaménagé. Les travaux sont cependant loin d'etre terminés, notamment dans les arches du soubassement.
La Villa Méditerranée est l'œuvre de l'architecte italien Stefano Boeri. C'est lui qui a gagné le concours en 2004. Ce qui fait l'originalité de cette construction c'est le porte-à-faux de 40m qui surplombe un bassin de 2000 m2.
A l’extérieur, la peau de béton, percée d’ouvertures, a été pensée comme un ruban parcourant tout l’édifice, de sa façade arrière à son toit, en passant par la face inférieure du porte-à-faux.
Le MUCEM ou Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée est l'œuvre de l'architecte Rudy Riccioti. Le musée est construit sur le site du Fort Saint Jean et sur le môle J4 du port de la Joliette. Il ouvre dans quelques jours.
Le nouveau bâtiment, carré parfait de 72 m de côté a la particularité d'être enveloppé dans une sorte de mantille en béton fibré ultra haute performance composée de 389 résilles qui ont été fabriquées dans une entreprise française. Entre l'intérieur du bâtiment et les résilles agencées cheminent d'immenses coursives qui permettront, aux dires de l'architecte d'ouvrir le bâtiment à la population du quartier et de la ville permettant aussi une expérience démuséifiante pour ceux qui le souhaitent ! Un peu comme l'escalator de Beaubourg ouvert sur la grande ville.
Le béton ajouré en forme de dentelle a aussi pour vertu de permettre à ceux qui sont à l'intérieur du musée de voir à chaque instant les grands espaces maritimes, le bleu de la mer et du ciel.
Enfin le nouveau bâtiment est aussi relié au passé, symbolisé par le Fort Saint-Jean, par une superbe passerelle, elle-même construire en béton, œuvre de l'architecte Roland Carla, créateur également de l'aménagement su silo un peu plus loin sur le port.
La dentelle de béton du MUCEM avec en arrière plan, de l'autre côté du port le palais du Pharo, centre des expositions.
Ci-dessous la Villa Méditerranée se reflétant dans les baies vitrées du Mucem : faut-il y voir un signe politique ? Les Marseillais comprendront !
Le Marseille d'hier à redécouvrir sous de nouveaux angles. Le Fort Saint-Jean, longtemps isolé, longtemps fermé aux habitants de Marseille devient un nouvel espace à vocation multiples. J'ai pu faire à onze du soir le tour de l'édifice par le nouveau chemin de ronde en bord de mer. L'effet est des plus majestueux, que cette ville est belle !
La Place de la Joliette a certainement perdu son côté populaire. Elle devient aujourd'hui le centre du nouveau quartier Euro-méditerranée. Le quartier est encore en pleine transition, il a perdu de son charme, c'est certain. Quel sera son avenir ? Ce sera à ceux qui l'habitent ou qui y passent de lui donner sa nouvelle destination. Les architectes ne sont pas les seuls à décider de la destination de leurs œuvres, heureusement !
Tous les espaces qui ont été dégagés et réaménagés contribuent à donner une nouvelle dimension à la ville et à ses ouvertures sur la mer.
Même les grues portuaires, souvent jugées très laides, la nuit de transforment sous les effets de la lumière. Elles accèdent à un autre statut, presque celui d'œuvres d'art !
Le nouveau lien entre les Marseillais, les visiteurs et le Fort Saint-Jean de Vauban. Le béton du XXIème siècle prend les aspects du métal. On croirait un gros rail.
Un peu plus loin, derrière la mairie, l'ancien Hôtel-Dieu est devenu grand hôtel 5 étoiles. L'édifice, bâti à l'origine par Jacques Hardouin-Mansart (1753), a été restauré par l'architecte Emmanuel Dujardin. Au plan architectural, c'est une réussite. Mais un ancien hôpital reste un hôpital, le lieu manque pour le moins de chaleur et semble être en opposition totale avec son environnement, celui du Panier.
Le nouvel hôtel Intercontinental Hôtel-Dieu compte 194 chambres dont 22 suites. Parmi elles, 72 offrent une vue imprenable sur le Vieux-Port ou sont équipées de terrasses privées qui dominent la ville. L'investissement réalisé par Axa Real Estate s'élève à 100 millions d'euros auxquels s'ajoutent 25 millions pour un programme de 85 logements à l'arrière de l'établissement. L'hôtel a été décoré par l'architecte Jean-Philippe Nuel.
Avant de terminer notre balade sur le Vieux Port, nous avons voulu prendre un verre au bar, après avoir franchi la barrière de sécurité... mais le bar était plein ! Ce n'était ni l'ambiance du Vieux Port, ni celle du Panier !
Dernière découverte de la journée : le Vieux Port. Les espaces ont également été totalement réaménagés et aujourd'hui on peut dire que le piéton est roi. On peut dire qu'en cette journée ensoleillée de mai, les passants s'appropriaient les quais avec un réel bonheur. Seules quelques voitures semblaient égarées devant les cafés côté Canebière.
Soudain notre regard est attiré par une sorte d'immense toiture plate soutenu par des piliers très légers. Le lieu semble attirer les promeneurs et chacun de sortir son appareil photo. Mais pourquoi faire donc ? Et bien pour se prendre en photo en train de marcher la tête en bas sous le toit réfléchissant de l'édifice.
L’Ombrière, créée par le cabinet Norman Foster and Partners est une structure métallique de 6 mètres de haut permettant de faire un peu d’ombre aux passants et aux marchands de poissons, mais surtout elle permet de refléter le plan d’eau du Vieux Port grâce à un plafond-miroir, comme on peut en juger ci-dessous.
A la fin de notre balade nous sommes allés dîner du côté de la Place aux Huiles. Difficile de trouver une table de libre dans la multitude de restaurants du quartier ! Mais nous avons trouvé.
Que dire de cette journée ?
Quels enseignements tirer de cette balade étonnante ?
L'ampleur des travaux de rénovation de la ville est phénoménale. Les architectes les plus renommés ont trouvé là une possibilité d'exprimer leur talent. Enfin, il se crée des choses à Marseille !
Un petit bémol cependant, toutes ces nouveaux édifices implantés dans des quartiers où étaient déjà installés d'autres bâtiments, souvent utilitaires, tels le silo, les docks ou l'établissement sanitaire construit par Fernand Pouillon, ou encore à vocation architecturale mais très différents dans leur style, comme la Major, l'église St Laurent, le Fort Saint-Jean, la Pharo ou les immeubles haussmanniens du quartier de la Joliette, font que le promeneur en retire une impression plus de juxtaposition que d'harmonie, contribuant à donner du monde méditerranéen dont Marseille se veut une des capitales, une vision faite de contraires, d'oppositions et de brassages plus que d'harmonie, de communauté et de convergence culturelle.
Mais après tout n'est-ce pas ce qu'on dit de Rome également ?
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