Les sorghos sont bien le
personnage principal de cette symphonie de couleurs qui dans le registre de
l'épopée retrace les exploits d'une famille de villageois de la Chine du Nord-Est.
Un récit tragique et plus que
réaliste qui décrit à la fois d'extraordinaires scènes d'amour entre des gens
simples et authentiques qui se révoltent face à l'envahisseur nippon mais
aussi des scènes d'une folle cruauté où les corps explosent sous le feu des
armes pour inonder d'un flot rouge les sorghos ondulant sous la bise.
Un récit à la forme originale où
les héros, jeunes ou encore enfant, sont les grands-parents et le père du
narrateur. Curieux effet littéraire que de montrer sa grand-mère, au milieu
d'un champ de sorghos rouges, nue sur un manteau, faire l'amour avec un jeune
homme fougueux, qui deviendra son grand-père, que de montrer son père, Douguan, sous les traits d'un enfants
Mo Yan avec une grande maîtrise de l'art littéraire
décrit la vie à la fois héroïque te surprenante de ceux qui forment le Clan du
Sorgho.
Parmi eux, figure de proue du
roman, la grand-mère. La description de son voyage en palanquin qui doit la
conduire à la demeure de son futur époux, un personnage certes riche, mais
surtout vieux et lépreux, "pourri de
l'intérieur" vaut son pesant d'or. Mo Yan, comme un peintre, utilise
une palette de couleurs qui donne puissance et émotion au récit :
" L'histoire de l'attaque de palanquin de ma grand-mère au ravin
des crapauds est un épisode fameux de notre "geste familiale". Ce
ravin, c'est une dépression au milieu des marécages, la terre y est
exceptionnellement riche et humide, si bien sue le sorgho y pousse superbement.
Le cortège venait juste d'y arriver quand un éclair rouge sanglant déchira le
ciel et un soleil imparfait, couleur d'abricot, pointa sur la route d'entre les
épais nuages. Les porteurs haletaient, ils ruisselaient de sueur. L'air s'était
fait lourd quand ils étaient entrés dans le ravin, la masse compacte des
sorghos du bord de la route jetait des éclats noirs. La chaussée disparaissait
sous les fleurs des herbes sauvages. Tous ces bleuets qui au milieu de la
verdure balançaient sur leurs longues tiges des pétales mauves, bleus, roses ou
blancs…" p. 88
Les aventures de cette
grand-mère, Dai Fenglian,femme jeune et belle comme le jour, ne font que commencer, en trois jours elle se
construit la vision du monde qui l'animera toute sa vie et qui la guidera dans
ses choix. Ainsi refuse-t-elle de se donner à l'homme, riche, laid et malade
que son père avait choisi pour elle et décide-t-elle de choisir l'amour, le
vrai, avec un beau porteur de palanquin, Yu Zhan'ao :
"Elle n'avait plus ni la force, ni même l'envie de se débattre.
Trois jours de sa nouvelle vie avaient suffi à l'éveiller de ses rêves: à
certains il suffit d'une minute pour révéler leur tempérament de chef, ma
grand-mère en trois jours avait pénétré tous les mystères de l'existence." p.131
Mo Yan dans ses livres dépeint
souvent des femmes de caractère, fortes, généreuses et courageuses. Dans ce
roman, il faut avouer que l'effet littéraire qui consiste pour le narrateur à
montrer sa grand-mère, au milieu d'un champ de sorghos rouges, nue sur un
manteau, faire l'amour avec un jeune homme fougueux, qui deviendra son
grand-père est des plus réussis.
" Ainsi s'aimèrent mes grands-parents, parmi les sorghos vivaces,
leurs âmes indomptables et insoucieuses des conventions plus proches encore que
pouvaient être leurs corps unis dans le plaisir. Leurs "jeux des nuages et
de la pluie" au milieu des sorghos ajouta une note vibrante à la geste
déjà si riche et si colorée des Gaomi." p. 133
Un hymne à la résistance
Les villageois du Clan des
Sorghos sont aussi, pour la plupart, des résistants qui se mobilisent avec des
faibles moyens contre l'envahisseur japonais. L'histoire racontée par Mo Yan se
passe en 1939, lorsque les troupes nippones se dirigent sur Gaomi, ville de la province
du Shandong, à l'est de la Chine.
Les hommes et les femmes du
village, sous la houlette du grand-père du narrateur, accompagné de son jeune
fils, donc le père du narrateur, partent en expédition pour dresser une
embuscade contre un convoi de camions militaires japonais. C'est au cours de
cet épisode que le jeune fils découvrira que le commandant est son père. La
encore, tout de passe au milieu des champs de sorghos, c'est dans les sorghos
que certains mourront, c'est les sorghos qui en sauveront d'autres d'une mort
certaine. La geste familiale se transforme alors en une véritable épopée.
Des personnages puissants ou
odieux, des femmes fortes, des ivrognes, des jeunes bureaucrates secs et
intransigeants venus de Pékin, des vieillards pourris par la maladie, des
enfants courageux et inconscients des risques qui partent au combat sans
hésiter, sont les héros de cette épopée. Ils forment le Clan du Sorgho.
Ce sorgho qu'ils rencontrent à tout instant dans leur vie, dans leurs amours ou dans leur mort, qui est à la fois leur origine et leur horizon, qui change de couleurs selon les humeurs de la nature et des hommes est le fil conducteur de ce récit. Il crée cette osmose entre les hommes et la nature, osmose qui en fera des vainqueurs, dans la douleur certes, dans la souffrance, mais des vainqueurs quand même.
L'auteur s'interroge toutefois sur l'héritage du clan.
" Gaomi, c'est le plus beau pays du monde, et c'est aussi le plus laid, le plus serein et le plus terre-à-terre, le plus pur et le plus corrompu, le plus héroïque et le plus lâche, le pays de spires ivrognes et des meilleurs amoureux. Ceux qui sont nés sur cette terre se nourissent du sorgho que tous les ans ils plantent. Au coeur de l'automne, les vastes champs ne sont plus qu'un océan de sang. Sorghos serrés resplendissants, sorghos frêles et gracieux, fougueux et émouvants. Quand le vent se fait frais, quend la lumière éclate, des nuages pommelés flottent dans le ciel tuilé de bleu. Des ombres pourpres glissent sru le sorgho. Inlassablement, les taches sombres d'homme tendent leurs filets entre les tiges. Capables de tuer pour voler, entièrement dévoués à leur patrie, ils ont été les acteurs des tragédies héroïques et nous aujourd'hui, petites enfants indignes, nous savons bien le fossé qui nous sépare d'eux. Plus le mûris et plus je sens cette décadence humaine." p.11
Ce sorgho qu'ils rencontrent à tout instant dans leur vie, dans leurs amours ou dans leur mort, qui est à la fois leur origine et leur horizon, qui change de couleurs selon les humeurs de la nature et des hommes est le fil conducteur de ce récit. Il crée cette osmose entre les hommes et la nature, osmose qui en fera des vainqueurs, dans la douleur certes, dans la souffrance, mais des vainqueurs quand même.
L'auteur s'interroge toutefois sur l'héritage du clan.
" Gaomi, c'est le plus beau pays du monde, et c'est aussi le plus laid, le plus serein et le plus terre-à-terre, le plus pur et le plus corrompu, le plus héroïque et le plus lâche, le pays de spires ivrognes et des meilleurs amoureux. Ceux qui sont nés sur cette terre se nourissent du sorgho que tous les ans ils plantent. Au coeur de l'automne, les vastes champs ne sont plus qu'un océan de sang. Sorghos serrés resplendissants, sorghos frêles et gracieux, fougueux et émouvants. Quand le vent se fait frais, quend la lumière éclate, des nuages pommelés flottent dans le ciel tuilé de bleu. Des ombres pourpres glissent sru le sorgho. Inlassablement, les taches sombres d'homme tendent leurs filets entre les tiges. Capables de tuer pour voler, entièrement dévoués à leur patrie, ils ont été les acteurs des tragédies héroïques et nous aujourd'hui, petites enfants indignes, nous savons bien le fossé qui nous sépare d'eux. Plus le mûris et plus je sens cette décadence humaine." p.11
Un grand livre qui a fait l'objet d'une adaptation au
cinéma. "Le sorgho
rouge" (à ne pas confondre avec le livre de Ding Ya !) est le premier film d'un cinéaste devenu depuis l'un des
"hérauts" de la Chine, Zhang Yimou, ours de Berlin en 1988.
Un champ de sorghos

A ne pas confondre avec "Le Gland du Sorko" !...
RépondreSupprimerAh, je te reconnais bien là cher blogueur !
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