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lundi 3 février 2014

BEAU LIVRE : "LE RIVAGE, Une épopée indochinoise" de TIANE DOAN NA CHAMPASSAK. Edit. SEUIL 2008

Dès que mon œil s'est posé sur la couverture de ce livre, je n'ai pu m'empêcher de le prendre dans mes mains et de le feuilleter.



C'est un livre avec peu de textes et beaucoup de photos.
Mais  la grande originalité du livre réside dans la dualité des photos.
Notre regard s'arrête sur des photos jaunies, qui ont été prises au début du XXe siècle (1913 exactement) et jusqu'au milieu des années 30, par une certaine Mathilde Hossenlopp, femme d'origine alsacienne, mariée à un annamite, Raymond Doan Vinh Thuan, un avocat de Saïgon. Le petit fils de ces deux personnes, Tiane Doan Na Champassak, photographe professionnel, a eu l'idée géniale d'entreprendre un voyage au Vietnam et au Cambodge en 2006, de prendre une multitude de photos et de confronter certaines d'entre elles à celles prises par Mathilde 70 ou 80 ans avant.

L'idée m'a beaucoup séduit en comme de surcroit le livre est préfacé par Jean Lacouture, je me suis empressé d'en faire l'acquisition. Dès que je suis rentré chez moi je l'ai littéralement dévoré de la première à la dernière page.
Parmi les photos qui m'ont le plus marqué, celle prise par Mathilde depuis le paquebot arrivant à Saigon, celle du navire des Messageries Maritimes et toutes celles qui ont pour cadre la maison de Can Tho où vivait la famille de Mathilde et de Raymond.
Les photos récentes (2006) du petit-fils cherchent à retrouver l'atmosphère qui a inspiré sa grand-mère, mais y arrive-t-il vraiment ?

Le Vietnam d'aujourd'hui a d'autres ambitions que de  conserver des images du passé.
Ce constat ne fait que corroborer celui que je fis lors de mon dernier voyage, inutile de rechercher les effluves exotiques laissées par ceux qui ont jadis colonisé ce pays, même si sous de nombreux aspects, la présence de la culture française peut être détectée.
Le Vietnam d'aujourd'hui et de demain n'appartient qu'à lui.

Mais en même temps rien ne peut nous empêcher de rêver !

Un très beau livre avec d'émouvants clichés du delta du Mékong.

extraits du livre :

"Au cours de l'été 2005, je découvris dans le grenier de ma maison familiale une mallette dans laquelle se trouvaient quelques boîtes anciennes pleines de plaques photographiques. Je n'ignorais pas l'existence de ces clichés remontant au début du XXe siècle, mais c'était la première fois que je les avais sous les yeux et que j'eus la patience de les regarder sérieusement. Le moment était venu de porter à la lumière une formidable épopée en images alors que je croyais ne tomber que sur de simples photographies de souvenirs comme il y en a dans toutes les familles. Le plus surprenant fut de constater que l'auteur de ces clichés, ma grand-mère paternelle, travaillait comme une véritable professionnelle, faisant non seulement grand cas du cadrage, de la lumière et de la composition, mais aussi des tirages qu'elle développait elle-même. Loin de se contenter des classiques portraits familiaux, Mathilde Hossenlopp, devenue par son mariage Madame Doan Vinh, a photographié l'Indochine où elle est allée vivre à partir de 1913 et où mon père est né trois ans plus tard. Les photographies qu'elle a laissées ont fixé pour la postérité une époque révolue, celle de l'Empire français d'Extrême-Orient, qui n'aura pas même duré un siècle. Le choc que je ressentis en visionnant ces plaques au puissant pouvoir évocateur me détermina à faire un voyage au Vietnam sur les traces de ma grand-mère et de sa famille dont je n'ai malheureusement connu que mon père. Ce dernier, peintre talentueux, avait d'ailleurs exécuté une série de tableaux inspirés des photographies de sa mère. Une grande toile ornait autrefois ma chambre lorsque j'étais enfant : elle représentait la femme à la palanche avec le bébé assis sur un des plateaux (page 38) et elle provoquait déjà en moi bien des rêveries, dont celle de connaître ce pays fantastique où l'on porte les enfants de la sorte ! Le voyage fut programmé pour août 2006 et, dans le courant de cette année-là, je me remis à lire attentivement deux ouvrages écrits respectivement par mon grand-père et mon oncle : L'Indochine autonome et parlementaire et Ancestral Voices."

mercredi 16 janvier 2013

LOUIS CALAFERTE, ECRIVAIN SCANDALEUX ?





Je ne me souviens pas avoir entendu parler de l'écrivain français Louis Calaferte, né en 1928 à Turin et mort à Dijon en 1994.
Il vécut les derniers années de sa vie dans un village de Bourgogne, Blaisy-bas, situé à quelques kilomètres de Salmaise, village où j'ai passé une partie de mes premières années d'enfance (remarque personnelle qui n'intéresse sans doute personne. Mais ça me " fait quelque chose" de savoir qu'un écrivain habitait à quelques encablures de la maison où j'ai vécu les meilleurs moments de mon enfance. Clin d'œil de l'amitié, involontaire certainement). Je viens en effet de découvrir ce fameux Calaferte grâce à un ami qui m'a offert récemment un de ses écrits  "La mécanique des femmes". 

Le thème
Dans ce livre qui traite de ce dont il est question dans le titre mais sous l'angle exclusif de la jouissance et de la sexualité, on peut trouver tout, c'est-à-dire le meilleur, et le contraire de tout, c'est-à-dire le pire. Tout est question de point de vue, de positionnement du lecteur.
La simple lecture des premières pages de ce livre nous fait nous interroger en tant que lecteur. Très vite en effet se pose la question : "Est-ce que j'arrête ? Est-ce que je continue ?"

Lire ou ne pas lire : pourquoi se poser cette question ?
Réponse à la page 3 : " Elle se jette dans mes bras. Corps souple. - Je viens de me faire enfiler, là, dans la rue. J'ai encore de son foutre séché entre les cuisses."

J'ai décidé de continuer ma lecture de ce livre qui n'est ni un roman ni un poème, ni un livre sur les femmes ni un récit pornographique, mais plutôt un texte fort bien écrit qui exprime les fantasmes d'un homme qui croit savoir comment certaines femmes vivent leur sexualité, leurs fantasmes, leurs obsessions.
 Il n'y a aucun personnage particulier dans le livre. Calaferte juxtapose des centaines de mini-récits, de poèmes, de réflexions sur le sexe et sur les rapports érotiques homme-femme vus sous l'angle de la femme. Toutes les sensations, tous les sentiments, tous les fantasmes y passent.
J'ai lu par curiosité. Et comme l'a dit un commentateur, en parcourant les 160 pages du livre, le lecteur passe par de multiples impressions : sourire, rire, rejet, dégoût, envie, curiosité,  incrédulité, révolte, admiration, répulsion etc.
Rarement en lisant un livre je suis passé par autant de sensations contraires, souvent en l'espace d'une ou deux minutes.

S'agit-il d'un livre écrit pour scandaliser le bourgeois ? S'agit-il d'un livre pour faire crier d'effroi la plupart des femmes ? S'agit-il de parler d'une facette de la vie, crûment, sans artifice,  en appelant un chat une chatte, comme le dit un autre commentateur ?
C'est au lecteur de faire son choix !

Quel a donc été mon choix ?
 L'analyse que je fais est que ce texte nous livre les fantasmes de Calaferte sur ce qu'il croit être les sensations et les obsessions érotiques de quelques femmes qu'il a pu côtoyer au cours de sa vie. Il y a certainement une forte part d'autobiographie dans les scènes qui sont décrites dans le livre.

- Pourquoi ne pas découvrir ces fantasmes de Calaferte ?
- Pourquoi ne pas entrer dans son tourbillon à mille facettes ?
- Pourquoi ne pas reconnaître son droit à l'expression trivialo-porno-érotique ?
- Parce que le contenu est violent, abject, obscène ?
- Parce que parler de bite, de pine ou de foutre cela nous dérange ?
- Parce que l'auteur nous transforme en voyeur ou en complice ?
Voila une infime partie des questions que pose la lecture de ce livre. C'est une littérature dérangeante, qui nous fait réagir, qui nous interpelle dans nos certitudes morales, dans nos propres fantasmes, dans notre propre approche de la sexualité. Tel était peut-être le but de Calaferte.
J'ai fait le choix de lire ce livre jusqu'au bout par curiosité, par tolérance, par amour de la littérature, par respect pour l'écrivain !

Le style
Quant au style et donc à la qualité d'écrivain de Calaferte, il n'y a pas de doute. Il y a du talent dans ce livre, il y a une originalité dans la forme. Un critique a émis cette opinion : " Styliste impénitent, l'écriture est ici dynamique et limpide, sève amoureuse qui célèbre son amour du sexe et des femmes. A la fois précis, intense, cru et détaché, Calaferte délivre un des essais les plus audacieux qui soit, sous forme d'un roman dont l'empirisme n'est plus à démontrer. Remarquable."
Je ne suis pas loin de partager cet avis dès lors qu'on a bien admis que "La mécanique des femmes" est " La mécanique des femmes selon Calaferte".
Je me promets d'aller plus loin et de lire d'autres livres de cet écrivain par trop méconnu.