mercredi 31 juillet 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM 31 MARS 2013 : HOI AN


A peine faisons-nous quelques pas dans le petit port de Hoi An que nous sommes totalement sous le charme. Après le vacarme et la pollution de Hanoï et de Saigon, c'est un vrai bonheur de flâner à pied dans les rues de la ville réservées aux piétons et aux vélos. Nous faisons une halte pour nous restaurer chez Miss Lil un endroit très agréable, où l'on mange un phô somptueux.

La ville construite à l'origine par des marchands chinois parait assez petite, en réalité elle compte plus de 120 000 habitants. Elles est posée au bord de la rivière Thu Phon qui va ensuite se jeter dans la mer de Chine.
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
Le point central est le marché, lieu d'échanges entre pêcheurs, paysans, habitants et ... touristes de passage. On y trouve de tout, des légumes, des agrumes, des poissons de la rivière et de la mer, de la viande et toute la quincaillerie imaginable.

(c) G. Morin - Hoi An - 2013


(c) G. Morin - Hoi An - 2013


A quelques mètres plus loin, un autre marché est spécialisé dans les tissus et les étoffes.

La particularité des marchés ici est qu'ils sont fermés et très sombres. Les marchandises sont ainsi à l'abri de la chaleur, du vent et de la poussière.
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

Les tissus par exemple sont empilés les uns sur les autres dans des antres très étroites. La lumière est tamisée, les couleurs des étoffes se frottent les unes aux autres dans la pénombre jusqu'à ce qu'elles débordent les une sur les autres. Dans certains magasins, des femmes sont affairées sur de vieilles machines à coudre Singer qu'elles actionnent avec leurs pieds. Ces reliques d'une époque lointaine en Europe trouvent ici toute leur utilité.
Pendant toutes ces vacances, j'ai l'impression de retrouver ici tout ce que nous avons perdu chez nous du fait du développement et du progrès technique. Evidemment ce charme désuet a des effets qui ne sont pas tous très positifs, ainsi l'abondance des sacs en plastique de toutes les couleurs, les hideux fils électriques que l'on trouve partout dans les rues qui découpent le ciel des villes et des compagnes en milliers de morceaux, comme dans un puzzle.

Hoi An, c'est aussi l'omniprésence des arbres et des plantes. Pas une rue sans arbres, pas de maisons, pas de balcons sans fleurs ni plantes. Et le soir partout des lampions, des lumières, des guirlandes. On a l'impression que c'est une fête permanente.

(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 

(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
 
Pour les européens que nous sommes, l'accès à la culture architecturale et picturale chinoise et vietnamienne n'est pas aisé. Néanmoins nous ne pouvons nous empêcher d'admirer les différentes pièces exposées dans les maisons et dans les pagodes. Les photos ci-après en donnent un léger aperçu.
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

(c) G. Morin - Hoi An - 2013

Dans cette ville où il fait bon vivre, nous avons arpenté les rues en long et en large, n'arrivant à nous rassasier le l'atmosphère toute particulière de cette ville fille d'un très ancien métissage culturel et dans laquelle, même nous, nous nous sentons un peu chez nous. Sensation difficile à décrire ! J'avais exactement ressenti les mêmes impressions lors de mon premier séjour en 2007. Il y a un mystère du bien-être à Hoi An.
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

Je reviens ici avec un très grand plaisir. Rien n'a vraiment changé au centre ville, si ce n'est qu'il y a plus de boutiques, et beaucoup d'entre elles sont certainement plus branchées qu'à l'époque. L'atmosphère est bien la même. Le soir, la ville est éclairée par des lanternes chinoises. Il n'y a pas une grande affluence en cette période de l'année.

Hoi An est vraiment une ville atypique. Historiquement elle est le fruit d'un formidable brassages de différentes cultures : cham d'abord, chinoise ensuite, japonaise, puis vietnamienne bien sûr et maintenant occidentale. C'est un endroit où l'on se sent dépaysé et en même temps totalement à l'aise. La mixité des cultures produit ici ce quelle a de plus séduisant.
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
Mais restons lucides, il ne faut pas non plus chercher à voir derrière les façades ou se promener dans les quartiers plus éloignés du centre. La vision serait moins idyllique.

Certes, la majorité des boutiques proposent des objets et des produits exclusivement réservés à une clientèle touristique. Toutefois la population de la ville n'a pas déserté le centre ville, il suffit de se rendre au marché ou après des embarcadères, sur le port.
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

Il est maintenant 15h30. Je suis assis à la terrasse d'un café sur le port. J'observe les passants qui vont et viennent sur la rue qui longe la rivière, juste au niveau de l'embarcadère. Toutes les dix minutes environ un bateau chargé de motos et de vélos bien alignés sur le pont, de marchandises de toute nature et de passagers assis entassés au milieu de l'embarcation, quitte le port. Quatre hommes s'occupent du bateau, deux chargent les motos et les marchandises en empruntant une plate forme en bois posée entre le quai et le bord du bateau; un autre s'occupe du moteur et des manœuvres à la barre; un quatrième supervise le tout.
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
 
Assis à mon poste d'observation, je suis effaré par l'apparence des touristes occidentaux. Ils sont laids, ils sont gras, débraillés, à moitié nus et ils se comportent comme en pays conquis. C'est la première fois que je prends conscience du contraste flagrant entre la sveltesse des vietnamiens et l'aspect pachidermique, rouge violacé, dégoulinant des cohortes anglo-saxonnes. C'est affligeant !
Bon c'est vrai que nous en faisons partie. Mais quand on en prend conscience, on a envie de ne fréquenter que des vietnamiens ou des vietnamiennes, sobres, souples, souriants et toujours vêtus correctement. Même si certains hommes se raclent la gorge bruyamment, crachent par terre dans la rue, se mouchent dans leurs doigts ou éternuent aussi fort qu'un coup de tonnerre. Quant aux femmes, toutes ne sont pas aussi souriantes, certaines vous bousculent dans la rue sans s'excuser, d'autres enfin vous témoignent d'un mépris des plus glaçants, notamment lorsque vous n'achetez pas ce qu'elles vous proposent.
 
(c) G. Morin - Hoi An - 2013
Dans le café, trois personnes sont assises : une serveuse, la mère de famille (peut-être) et un jeune homme qui vient d'arriver; après avoir garé sa moto juste devant les tables du café, il tente d'engager la conversation en anglais avec moi. Nous échangeons quelques mots. Quant au père de famille, probablement le gérant du café, il va, il vient… de temps en temps il sort de son café pour aller taquiner une jeune fille en appuyant sur le rebord de son chapeau vietnamien, celle-ci lui fait une remarque gentiment, il fait alors semblant de lui donner une gifle en simulant un regard méchant, ils se mettent à rire tous les deux. Devant moi, un chien microscopique semble perdu au milieu de la rue, une moto manque de l'écraser… quelques touristes observent l'animal d'un air curieux, ils prennent des photos. L'animal reste planté là dans une totale indifférence. Se rend-il compte seulement qu'il vient de frôler la mort ? Quelques instants plus tard il quitte les lieux en se dandinant. Intéressant non ?
(c) G. Morin - Hoi An - 2013

mardi 30 juillet 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM : SAIGON, L'ARCHITECTURE COLONIALE FRANCAISE


A Saigon, il y a bien sûr les grands hôtels dont j'ai déjà parlé comme le Continental (1880), le Rex, le Majestic ou le Caravelle et d'autres encore, mais la colonisation française a laissé d'autres traces, plus pérennes qui constituent des témoignages intéressants de l'architecture civile de cette époque : l'hôtel de Ville, œuvre de l'architecte Paul Gardès,  la Poste Centrale dont la charpente est l'œuvre de Gustave Eiffel (je ne peux m'empêcher de faire le lien avec la poste centrale d'Alger), la cathédrale Notre-Dame, construite en briques rouges de Toulouse, le Théâtre, construit sur le modèle du petit palais de Paris et enfin le musée de la ville abrité dans les ex-locaux de la Compagnie des Messageries Maritimes.
 
. L'Hôtel de Ville

Il fut construit en 1907 par l'architecte français précité et décoré par un certain Ruffier. C'est un bel exemple de l'architecture coloniale.

 (c) G. Morin - Saigon 2007 - ancien Hôtel de Ville
 
 
L'hôtel de Ville à l'époque de la colonisation (http://nguyentl.free.fr/html/photo_epoque_sud_p1_fr.htm)
. La poste centrale de Saigon

  (c) G. Morin - Saigon 2013 - La poste centrale
A l'époque de la colonisation française, en 1891, l'hôtel des Postes de Saigon a été construit les architectes Alfred Foulhoux et Henri Vildieu.
A noter sur l'édifice le visage de Mercure au dessus de l'horloge, symbole de la communication entre les hommes et les noms des savants de l'époque dans des cartouches sur fond ocre-rouge. On observe également des motifs Cham, des bas-reliefs et des formes néo-baroques ainsi que des décorations typiques de l’architecture de la Troisième République française.
A l'intérieur, l'aménagement ancien a été respecté. Sous l'œil de l'oncle Ho, on peut observer encore une ancienne carte de Cochinchine (Cambodge et Sud Vietnam 1936), avec quelques rectifications, et un plan de la ville de 1892.




(c) G. Morin - Saigon 2007 - La poste centrale vue intérieure

A noter, quelques similitudes entre la poste centrale de Saigon et la gare d'Orsay à Paris.

 

. La cathédrale Notre Dame

  (c) G. Morin - Saigon 2013 - La cathédrale Notre-Dame
 
La cathédrale Notre Dame de Saigon fut inaugurée par les autorités religieuses en présence du Gouverneur de Cochinchine Le Myre de Vilers. La construction a duré trois ans. L'architecte de l'édifice est J. Bourad.

  (c) G. Morin - Saigon 2007 - La cathédrale Notre-Dame


La particularité du bâtiment est le matériau avec lequel elle a été construite : la brique de Marseille qui lui donne une couleur rougeâtre assez prononcée. Au départ le projet de l'architecte prévoyait deux tours en façade, comme à Notre Dame de Paris. Mais en 1895, deux clochers furent ajoutés sur chacune des deux tours. L'édifice a été conservé intégralement par le régime communiste.


. Le théâtre

Il est construit en 1900, sur le modèle du Petit Palis de Paris. Il accueille des troupes de théâtre de métropole, pour divertir la classe coloniale de Cochinchine.
L'intérieur comprend un parterre et deux balcons, ce qui permet de disposer en tout de 1800 places. Les architectes ont accordé beaucoup de soin à la construction et à l'aménagement intérieur, l'acoustique, en particulier est excellente.

(c) G. Morin - 2007 Le théâtre de Saigon (Ho Chi Minh ville)


L'entrée du Petit Palais à Paris


. L'ex-bâtiment des Messageries Maritimes

Cet édifice a été inauguré le 4 mars 1863. Il se situe sur le quai de la Maison du Dragon (Bến Nhà Rồng). D'abord appelé siège des Messageries Impériales, c'est le premier édifice construit en dur dans ce quartier de Saigon.
C'est aujourd'hui un musée consacré à Hồ Chí Minh.

 

 
. Le train de nuit pour Da Nang
 


 
Après nous être imprégnés une dernière fois de l'atmosphère unique de Saigon, nous prenons le train de nuit pour Da Nang. Nous avons choisi le train le plus rapide, néanmoins il nous faudra plus de 15 heures pour arriver à destination.
Notre compartiment contient quatre couchettes et pourtant nous serons cinq. Le compartiment voisin est occupé par une couple d'australiens de notre âge. Ils resteront deux pendant tout le voyage car ils ont pris la précaution de réserver pour eux-mêmes les quatre couchettes. Quand on voyage, il faut anticiper! M
ais d'un autre côté cela nous aurait privé de la compagnie de nos trois compagnons de trajet. Un monsieur, distingué, courtois, en retraite comme moi, et d'une bonne humeur incroyable. Pour les deux autres occupants d'un seule couchette, le portrait est moins flatteur. En présence d'étrangers ils se considèrent chez eux et ils vivent leur vie sans se soucier de nous. L'homme franchira au moins vingt fois la porte du couloir en la laissant ouverte à chaque fois, ensuite son téléphone portable sonnera plusieurs fois dans la nuit  et à six heures du matin, nous serons réveillés tous les cinq par son alarme. Ils quitteront les lieux tôt dans la matinée.
Le problème dans les trains couchettes au confort sommaire, c'est qu'on ne peut pas vraiment rester assis, notamment lorsqu'on est sur les couchettes du-dessus. Nous passons donc la dernière partie du trajet dans le couloir à regarder les yeux ébahis la merveilleuse campagne vietnamienne avec le vert léger des rizières, le gris bleu du ciel et les taches blanches des oiseaux posés à même les champs de riz.


 
 (c) G. Morin 2013 - Vue du train Hi Chi Minh - Hanoi

dimanche 21 juillet 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM - LA MANGROVE DE CAN GIO - 29 MARS 2013

 


(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013


Selon le professeur Phan Nguyen Hong, de l'Université de Hanoï : les mangroves forment un écosystème riche et diversifié dont les communautés côtières vietnamiennes du delta du Mékong ont été tributaires pendant des décennies. Les mangroves ont été une source non seulement de nourriture (poissons et crustacés), mais aussi de bois d'œuvre, de charbon de bois et de bois de feu pour les populations locales. De plus, elles fournissent des aliments, un habitat et des terrains de reproduction à de nombreuses espèces marines et à un grand nombre d'animaux terrestres et d'oiseaux.
Durant la guerre, les Vietnamiens du sud se servaient des mangroves comme bases de résistance, de sorte que les forces armées étrangères les ont détruites à coups de bombes, de canons et de produits chimiques (hautes doses d'herbicides et de défoliants). Les principaux herbicides étaient l'«agent orange», l'«agent blanc» (principalement pour détruire les arbres forestiers) et l'«agent bleu», et avaient tous pour but de décimer les forêts. Sur les 291 000 ha que couvraient au total les mangroves du Viet Nam Sud, 106 000 ha ou 36 pour cent ont été pulvérisés au moins une fois.
 Le bois et les autres ressources des zones de mangrove ont été en grande partie perdus. Le sol forestier a été chimiquement modifié par suite de la disparition du couvert végétal qui le protégeait, le pH de l'eau douce insuffisante en saison sèche a baissé, alors que la salinité augmentait sous l'effet d'une évaporation accrue. Privées de la protection qu'offrent les mangroves contre les marées, les vagues et les autres courants aquatiques, de nombreuses côtes et rives des fleuves ont été gravement érodées.
Pendant les premières années qui ont suivi les pulvérisations de défoliants, les poissons, les crustacés, les mollusques et les autres ressources aquatiques ont proliféré car les feuilles des arbres tombés se sont décomposées dans l'eau qui est devenue très nutritive, mais dès qu'il n'y a plus eu de mangroves, toutes ces ressources ont brusquement diminué. Après la destruction de ces forêts par les herbicides, quelques espèces, comme les crocodiles et les tigres, ont disparu. Les singes, les lézards et les oiseaux, qui pullulaient dans les mangroves, ont eux aussi peu à peu diminué pendant la guerre. En plus de ces effets directs, la disparition des mangroves a aussi eu des effets indirects sur les moyens d'existence des populations qui survivaient grâce aux animaux sauvages et à d'autres ressources forestières.
 
 

 

 
 
Après deux heures de route environ, nous nous arrêtons au bord d'une rivière dans un abri plutôt délabré. Nous marchons ensuite quelques minutes sous le soleil en traversant un bout de forêt, jusqu'à un embarcadère où nous attend un bateau à moteur qui nous emmène sur la rivière. Il fait une chaleur torride, environ 37° C, mais le bateau ayant une bonne vitesse, l'air nous rafraîchit un peu. La balade dure presque une heure, les paysages de forêt sur les deux rives, sont exceptionnels.
- Première escale
Nous accostons, après quelques mètres nous reprenons une barque qui nous fait pénétrer dans la mangrove. L'objectif est de contourner une zone envahie par les chauve-souris. Nous entendons bientôt leurs cris caractéristiques. Nous en devinons une, puis deux plus plusieurs suspendues à de grands arbres en plein jour. A cette occasion, nous réalisons que chauve souris en anglais se dit "bat", ce qui fait bien rire les anglais qui sont avec nous.

- Seconde escale

Nous reprenons notre bateau rapide jusqu'à un nouvel embarcadère. Le paysage est dominé par une tour d'observation sur laquelle nous grimpons malgré la chaleur étouffante. De là nous découvrons de superbes vues sur la mangrove. Nous nous rendons ensuite en véhicule électrique jusqu'à une zone protégée où se trouvent des crocodiles. Ils sont d'une grandeur impressionnante. On n'en trouve plus aujourd'hui dans la nature, mais jadis ils étaient omniprésents. Des enfants tendent devant leur gueule des cannes avec des poissons au bout, soudain les crocodiles se lancent à l'attaque et font claquer leur mâchoire d'un bruit sec et terrifiant. Evidemment, il ne reste rien du poisson.


(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013


- Troisième escale
 

(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013

Nous prenons un "speed-boat" pour aller visiter, au cœur de la mangrove, les abris des commandos vietcongs pendant la guerre, qui ont bien sûr été reconstitués. Au milieu de la forêt, en empruntant des passerelles de bois nous tombons sur un véritable village clandestin avec une salle d'état-major, des entrepôts de munitions et de nourriture, une infirmerie, une cuisine etc. Un monument a été dressé à la gloire des combattants. Certes le côté propagande est un peu agaçant, mais lorsqu'on imagine ce qui s'est passé dans ces lieux avec les bombardements de napalm et d'agent orange, on ne peut que saluer le courage, l'héroïsme, de ceux qui se trouvaient à l'époque. J'imagine qu'il y a eu peu de rescapés.



(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013






(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013



Le bateau nous ramène sur la rive. De la nous nous rendons sur ce que l'on appelle l'île des singes.

Un singe s'empare d'une des deux tongs qu'un enfant porte à ses pieds. Ce dernier est terrifié, il appelle son père. Rien à faire, le singe mâchouille la chaussure d'un air moqueur. Arrive alors un garde qui lance une bouteille vide au singe. Celui se précipite pour la récupérer en lâchant la tong. Le gamin, toujours en pleurs retrouve sa chaussure.




(c) G. Morin - Mangrove de Can Gio juillet 2013

Bon tout cela n'est pas bien grave et les singes ont bien le droit de d'amuser !
 
 

 
 
 

 

samedi 20 juillet 2013

SAIGON : LES VESTIGES DES ANNEES DE GUERRE

Saigon est à l'évidence une ville tournée vers l'avenir. Et pourtant elle a été le lieu d'événements dramatiques vécus de près et de loin par les gens de ma génération.
On trouvera ici un rapide aperçu de deux lieux de mémoire incontournables.

·       Le palais de la Réunification

Rien de particulier à dire sur ce lieu, si ce n'est les images restées gravées dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette époque, du char T 54 n°844 de l'armée populaire défonçant la grille du palais présidentiel le 30 avril 1975, pour mettre fin au régime du général Van Minh nommé président 48 heures auparavant, à la suite de la démission du président Thieu.

J'avais déjà visité le palais de la Réunification en 2007. Rien n'a changé. Mais la sensation que j'avais eue à l'époque de pénétrer dans un lieu d'histoire n'est plus la même. Sensation de déjà vu cette fois-ci.
 
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013 - Réplique du char ayant défoncé la grille du palais présidentiel.

Néanmoins il n'est pas inutile de remonter le temps pour mieux connaître les origines de ce site.
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013 - Le palais de la Réunification dans son état actuel
 Le palais présidentiel a une histoire. La voici en quelques mots.


.     Le palais Norodom

Le palais fut érigé par les colons français entre 1868 et 1873 pour le roi du Cambodge Norodom Ier. Les plans du bâtiment d'origine sont de l'architecte français Hermitte. Il s'inspire du palais des Tuileries de Paris (ravagé par un incendie en mai 1871).
 
 
 
 
 

A l'époque le palais est de style baroque second empire et 3ème République.

" Le corps principal présente deux rangées d'arcades superposées formant la base rythmique de la composition. Su cette structure l'artiste greffe des thèmes disparates tel le fronton central soutenu par des colonnes, motif néo-classique associé à une toiture à pans brisés, sur le modèle du Louvre. Les pavillons d'angle affichent le maniérisme d'inspiration italienne par les colonnes aux éléments saillants, mais les hautes corniches courbes évoquent la tradition sud-américaine, référence susceptible de renforcer le caractère colonial de l'ensemble." (Arnaud Le Brusq, Enc. Univers.)
 

 
 


   . Le palais du Gouverneur

En 1882, il devient la résidence du Gouverneur de la Cochinchine, puis du Gouverneur-Général de l’Indochine française.
 
 

Voici la description générale qu'on pouvait en faire à l'époque :

" Le palais des Gouverneurs de la Cochinchine française s'élève à l'angle de la route de la ville chinoise et du boulevard de Saïgon. Il n'a pas moins de 80 mètres de façade, et il est placé au milieu d'un rectangle qui a 450 mètres sur un de ses côtés, et 300 mètres sur l'autre. Huit routes principales partant de la place qui entoure le palais vont rejoindre le chemin qui fait le tour du parc. Elles laisseront entre elles huit espaces dont sept formeront le parc, la huitième occupera la place à peu près circulaire qui sépare la grande grille d'entrée du perron… Ce palais où une vaste salle de réception et certains bureaux étaient indispensables, a dû être construit sur de larges proportions. Nous savons par des nouvelles récentes qu'on plante en ce moment des jardins. La surface exacte du parc est de 13 hectares. On creuse à l'heure qu'il est une vaste citerne, destinée à fournir journellement au palais 500 litres d'une eau exempte d'impuretés. La question consiste aujourd'hui à décider si l'on formera une vaste pelouse ou bien une pièce d'eau devant l'espace qui sépare la grille d'entrée du perron. Cet espace n'a pas moins de 200 mètres de longueur." (Le magasin pittoresque, volume 40, p. 30)

L'édifice était somptueux et pour cause : il avait englouti a lui seul 1/4 du budget des services des travaux publics de la colonie. Faute d'étude préalable du terrain, le bâtiment fut l'objet d'incessants et de coûteux travaux. La coupole fut entièrement refaite en 1893.


 

.       Le palais présidentiel (1954-1962)

En 1954, la France transmet le palais à Ngo Dinh Diem. Il devient le siège du gouvernement et le palais présidentiel de la République du Sud Vietnam.
Le 27 février 1962, peu après 7 heures du matin, le palais présidentiel est bombardé par deux avions de chasse pilotés par deux officiers de l'Armée de l'Air du Sud Vietnam. L'attentat est un échec, mais le bâtiment est gravement endommagé.
Le président Diem décide la démolition du palais et la reconstruction d'un nouveau bâtiment de 4500 m2. Diem meut assassiné en novembre 1963 lors d'un coup d'Etat militaire. Il ne verra pas le nouveau palais.


.       Le nouveau palais présidentiel

Un nouveau palais remplace l'ancien, il est l'œuvre d'un architecte vietnamien Ngo Viêt Thu.
Il est achevé en 1966 et jusqu'au 30 avril 1975, il sera le siège du gouvernement du Sud Vietnam.


.       Le palais : symbole de la victoire du Nord sur le Sud

Le 30 avril 1975 les troupes du Nord Vietnam envahissent le centre ville et une colonne de chars se présente devant le siège du gouvernement sud-vietnamien. Le premier char T 54 n°844 défonce la grille. La victoire est consommée.



.         Le palais de la Réunification

Le palais devient le quartier général de l'administration du nouveau pouvoir. Les négociations sur l'unité nationale ont lieu dans le palais qui est renommé palais de la Réunification.

 


(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013

 

 
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013
 

 ·       Le musée des Vestiges de la Guerre
Naguère il s'appelait Musée des Crimes de Guerre Américains. En réalité, c'est bien de cela qu'il s'agit. Des milliers de photos nous montrent les atrocités de la guerre, l'impensable, l'inimaginable. Nous sommes au cœur de l'inhumain. Même si l'on fait abstraction de la propagande, il faut avouer que cette visite fut un véritable choc.

D'ailleurs on ne peut s'empêcher d'entendre le silence poignant de la foule qui visite les différentes salles, confrontée aux images les plus terribles d'enfants défigurés, torturés, morts. Et cependant crier l'absurdité de la guerre a toujours été un acte gratuit, insuffisant pour inverser la folie meurtrière des puissants qui se servent de leurs compatriotes comme de chair à canon.


(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013



(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013

Beaucoup de jeunes également dans ce musée, mais aussi de nombreux américains, l'air éberlué, parfois sous le regard de leurs enfants. Le napalm, l'agent orange, les bombardements incessants… voilà quels furent les effets… Pourquoi cette guerre ?

Pourquoi avoir été complices de cela ?

Ce musée pose des questions qui sous entendent des réponses. Mais ces réponses seront-elles un jour la réalité humaine ? Autre question !