samedi 20 juillet 2013

SAIGON : LES VESTIGES DES ANNEES DE GUERRE

Saigon est à l'évidence une ville tournée vers l'avenir. Et pourtant elle a été le lieu d'événements dramatiques vécus de près et de loin par les gens de ma génération.
On trouvera ici un rapide aperçu de deux lieux de mémoire incontournables.

·       Le palais de la Réunification

Rien de particulier à dire sur ce lieu, si ce n'est les images restées gravées dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette époque, du char T 54 n°844 de l'armée populaire défonçant la grille du palais présidentiel le 30 avril 1975, pour mettre fin au régime du général Van Minh nommé président 48 heures auparavant, à la suite de la démission du président Thieu.

J'avais déjà visité le palais de la Réunification en 2007. Rien n'a changé. Mais la sensation que j'avais eue à l'époque de pénétrer dans un lieu d'histoire n'est plus la même. Sensation de déjà vu cette fois-ci.
 
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013 - Réplique du char ayant défoncé la grille du palais présidentiel.

Néanmoins il n'est pas inutile de remonter le temps pour mieux connaître les origines de ce site.
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013 - Le palais de la Réunification dans son état actuel
 Le palais présidentiel a une histoire. La voici en quelques mots.


.     Le palais Norodom

Le palais fut érigé par les colons français entre 1868 et 1873 pour le roi du Cambodge Norodom Ier. Les plans du bâtiment d'origine sont de l'architecte français Hermitte. Il s'inspire du palais des Tuileries de Paris (ravagé par un incendie en mai 1871).
 
 
 
 
 

A l'époque le palais est de style baroque second empire et 3ème République.

" Le corps principal présente deux rangées d'arcades superposées formant la base rythmique de la composition. Su cette structure l'artiste greffe des thèmes disparates tel le fronton central soutenu par des colonnes, motif néo-classique associé à une toiture à pans brisés, sur le modèle du Louvre. Les pavillons d'angle affichent le maniérisme d'inspiration italienne par les colonnes aux éléments saillants, mais les hautes corniches courbes évoquent la tradition sud-américaine, référence susceptible de renforcer le caractère colonial de l'ensemble." (Arnaud Le Brusq, Enc. Univers.)
 

 
 


   . Le palais du Gouverneur

En 1882, il devient la résidence du Gouverneur de la Cochinchine, puis du Gouverneur-Général de l’Indochine française.
 
 

Voici la description générale qu'on pouvait en faire à l'époque :

" Le palais des Gouverneurs de la Cochinchine française s'élève à l'angle de la route de la ville chinoise et du boulevard de Saïgon. Il n'a pas moins de 80 mètres de façade, et il est placé au milieu d'un rectangle qui a 450 mètres sur un de ses côtés, et 300 mètres sur l'autre. Huit routes principales partant de la place qui entoure le palais vont rejoindre le chemin qui fait le tour du parc. Elles laisseront entre elles huit espaces dont sept formeront le parc, la huitième occupera la place à peu près circulaire qui sépare la grande grille d'entrée du perron… Ce palais où une vaste salle de réception et certains bureaux étaient indispensables, a dû être construit sur de larges proportions. Nous savons par des nouvelles récentes qu'on plante en ce moment des jardins. La surface exacte du parc est de 13 hectares. On creuse à l'heure qu'il est une vaste citerne, destinée à fournir journellement au palais 500 litres d'une eau exempte d'impuretés. La question consiste aujourd'hui à décider si l'on formera une vaste pelouse ou bien une pièce d'eau devant l'espace qui sépare la grille d'entrée du perron. Cet espace n'a pas moins de 200 mètres de longueur." (Le magasin pittoresque, volume 40, p. 30)

L'édifice était somptueux et pour cause : il avait englouti a lui seul 1/4 du budget des services des travaux publics de la colonie. Faute d'étude préalable du terrain, le bâtiment fut l'objet d'incessants et de coûteux travaux. La coupole fut entièrement refaite en 1893.


 

.       Le palais présidentiel (1954-1962)

En 1954, la France transmet le palais à Ngo Dinh Diem. Il devient le siège du gouvernement et le palais présidentiel de la République du Sud Vietnam.
Le 27 février 1962, peu après 7 heures du matin, le palais présidentiel est bombardé par deux avions de chasse pilotés par deux officiers de l'Armée de l'Air du Sud Vietnam. L'attentat est un échec, mais le bâtiment est gravement endommagé.
Le président Diem décide la démolition du palais et la reconstruction d'un nouveau bâtiment de 4500 m2. Diem meut assassiné en novembre 1963 lors d'un coup d'Etat militaire. Il ne verra pas le nouveau palais.


.       Le nouveau palais présidentiel

Un nouveau palais remplace l'ancien, il est l'œuvre d'un architecte vietnamien Ngo Viêt Thu.
Il est achevé en 1966 et jusqu'au 30 avril 1975, il sera le siège du gouvernement du Sud Vietnam.


.       Le palais : symbole de la victoire du Nord sur le Sud

Le 30 avril 1975 les troupes du Nord Vietnam envahissent le centre ville et une colonne de chars se présente devant le siège du gouvernement sud-vietnamien. Le premier char T 54 n°844 défonce la grille. La victoire est consommée.



.         Le palais de la Réunification

Le palais devient le quartier général de l'administration du nouveau pouvoir. Les négociations sur l'unité nationale ont lieu dans le palais qui est renommé palais de la Réunification.

 


(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013

 

 
(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013
 

 ·       Le musée des Vestiges de la Guerre
Naguère il s'appelait Musée des Crimes de Guerre Américains. En réalité, c'est bien de cela qu'il s'agit. Des milliers de photos nous montrent les atrocités de la guerre, l'impensable, l'inimaginable. Nous sommes au cœur de l'inhumain. Même si l'on fait abstraction de la propagande, il faut avouer que cette visite fut un véritable choc.

D'ailleurs on ne peut s'empêcher d'entendre le silence poignant de la foule qui visite les différentes salles, confrontée aux images les plus terribles d'enfants défigurés, torturés, morts. Et cependant crier l'absurdité de la guerre a toujours été un acte gratuit, insuffisant pour inverser la folie meurtrière des puissants qui se servent de leurs compatriotes comme de chair à canon.


(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013



(c) Photo G. Morin - Saigon avril 2013

Beaucoup de jeunes également dans ce musée, mais aussi de nombreux américains, l'air éberlué, parfois sous le regard de leurs enfants. Le napalm, l'agent orange, les bombardements incessants… voilà quels furent les effets… Pourquoi cette guerre ?

Pourquoi avoir été complices de cela ?

Ce musée pose des questions qui sous entendent des réponses. Mais ces réponses seront-elles un jour la réalité humaine ? Autre question !


 

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