mercredi 16 janvier 2013

LOUIS CALAFERTE, ECRIVAIN SCANDALEUX ?





Je ne me souviens pas avoir entendu parler de l'écrivain français Louis Calaferte, né en 1928 à Turin et mort à Dijon en 1994.
Il vécut les derniers années de sa vie dans un village de Bourgogne, Blaisy-bas, situé à quelques kilomètres de Salmaise, village où j'ai passé une partie de mes premières années d'enfance (remarque personnelle qui n'intéresse sans doute personne. Mais ça me " fait quelque chose" de savoir qu'un écrivain habitait à quelques encablures de la maison où j'ai vécu les meilleurs moments de mon enfance. Clin d'œil de l'amitié, involontaire certainement). Je viens en effet de découvrir ce fameux Calaferte grâce à un ami qui m'a offert récemment un de ses écrits  "La mécanique des femmes". 

Le thème
Dans ce livre qui traite de ce dont il est question dans le titre mais sous l'angle exclusif de la jouissance et de la sexualité, on peut trouver tout, c'est-à-dire le meilleur, et le contraire de tout, c'est-à-dire le pire. Tout est question de point de vue, de positionnement du lecteur.
La simple lecture des premières pages de ce livre nous fait nous interroger en tant que lecteur. Très vite en effet se pose la question : "Est-ce que j'arrête ? Est-ce que je continue ?"

Lire ou ne pas lire : pourquoi se poser cette question ?
Réponse à la page 3 : " Elle se jette dans mes bras. Corps souple. - Je viens de me faire enfiler, là, dans la rue. J'ai encore de son foutre séché entre les cuisses."

J'ai décidé de continuer ma lecture de ce livre qui n'est ni un roman ni un poème, ni un livre sur les femmes ni un récit pornographique, mais plutôt un texte fort bien écrit qui exprime les fantasmes d'un homme qui croit savoir comment certaines femmes vivent leur sexualité, leurs fantasmes, leurs obsessions.
 Il n'y a aucun personnage particulier dans le livre. Calaferte juxtapose des centaines de mini-récits, de poèmes, de réflexions sur le sexe et sur les rapports érotiques homme-femme vus sous l'angle de la femme. Toutes les sensations, tous les sentiments, tous les fantasmes y passent.
J'ai lu par curiosité. Et comme l'a dit un commentateur, en parcourant les 160 pages du livre, le lecteur passe par de multiples impressions : sourire, rire, rejet, dégoût, envie, curiosité,  incrédulité, révolte, admiration, répulsion etc.
Rarement en lisant un livre je suis passé par autant de sensations contraires, souvent en l'espace d'une ou deux minutes.

S'agit-il d'un livre écrit pour scandaliser le bourgeois ? S'agit-il d'un livre pour faire crier d'effroi la plupart des femmes ? S'agit-il de parler d'une facette de la vie, crûment, sans artifice,  en appelant un chat une chatte, comme le dit un autre commentateur ?
C'est au lecteur de faire son choix !

Quel a donc été mon choix ?
 L'analyse que je fais est que ce texte nous livre les fantasmes de Calaferte sur ce qu'il croit être les sensations et les obsessions érotiques de quelques femmes qu'il a pu côtoyer au cours de sa vie. Il y a certainement une forte part d'autobiographie dans les scènes qui sont décrites dans le livre.

- Pourquoi ne pas découvrir ces fantasmes de Calaferte ?
- Pourquoi ne pas entrer dans son tourbillon à mille facettes ?
- Pourquoi ne pas reconnaître son droit à l'expression trivialo-porno-érotique ?
- Parce que le contenu est violent, abject, obscène ?
- Parce que parler de bite, de pine ou de foutre cela nous dérange ?
- Parce que l'auteur nous transforme en voyeur ou en complice ?
Voila une infime partie des questions que pose la lecture de ce livre. C'est une littérature dérangeante, qui nous fait réagir, qui nous interpelle dans nos certitudes morales, dans nos propres fantasmes, dans notre propre approche de la sexualité. Tel était peut-être le but de Calaferte.
J'ai fait le choix de lire ce livre jusqu'au bout par curiosité, par tolérance, par amour de la littérature, par respect pour l'écrivain !

Le style
Quant au style et donc à la qualité d'écrivain de Calaferte, il n'y a pas de doute. Il y a du talent dans ce livre, il y a une originalité dans la forme. Un critique a émis cette opinion : " Styliste impénitent, l'écriture est ici dynamique et limpide, sève amoureuse qui célèbre son amour du sexe et des femmes. A la fois précis, intense, cru et détaché, Calaferte délivre un des essais les plus audacieux qui soit, sous forme d'un roman dont l'empirisme n'est plus à démontrer. Remarquable."
Je ne suis pas loin de partager cet avis dès lors qu'on a bien admis que "La mécanique des femmes" est " La mécanique des femmes selon Calaferte".
Je me promets d'aller plus loin et de lire d'autres livres de cet écrivain par trop méconnu.

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