Je ne me souviens pas avoir entendu parler de l'écrivain
français Louis Calaferte, né en 1928 à Turin et mort à Dijon en 1994.
Il vécut les derniers années de sa vie dans un village de
Bourgogne, Blaisy-bas, situé à quelques kilomètres de Salmaise, village où j'ai
passé une partie de mes premières années d'enfance (remarque personnelle qui
n'intéresse sans doute personne. Mais ça me " fait quelque chose" de savoir qu'un
écrivain habitait à quelques encablures de la maison où j'ai vécu les meilleurs moments de mon enfance. Clin d'œil de l'amitié, involontaire certainement). Je
viens en effet de découvrir ce fameux Calaferte grâce à un ami qui m'a offert
récemment un de ses écrits "La
mécanique des femmes".
Le thème
Dans ce livre qui traite de ce dont il est question
dans le titre mais sous l'angle exclusif de la jouissance et de la sexualité,
on peut trouver tout, c'est-à-dire le meilleur, et le contraire de tout,
c'est-à-dire le pire. Tout est question de point de vue, de positionnement du lecteur.
La simple lecture des premières pages de ce livre nous fait nous interroger en
tant que lecteur. Très vite en effet se pose la question :
"Est-ce que j'arrête ? Est-ce que je continue ?"
Lire ou ne pas lire : pourquoi se poser cette question ?
Réponse à la page 3 : "
Elle se jette dans mes bras. Corps souple. - Je viens de me faire enfiler, là,
dans la rue. J'ai encore de son foutre séché entre les cuisses."
J'ai décidé de continuer ma lecture de ce livre qui n'est ni un roman ni
un poème, ni un livre sur les femmes ni un récit pornographique, mais plutôt un texte
fort bien écrit qui exprime les fantasmes d'un homme qui croit savoir comment
certaines femmes vivent leur sexualité, leurs fantasmes, leurs obsessions.
Il
n'y a aucun personnage particulier dans le livre. Calaferte juxtapose des centaines
de mini-récits, de poèmes, de réflexions sur le sexe et sur les rapports
érotiques homme-femme vus sous l'angle de la femme. Toutes les sensations, tous
les sentiments, tous les fantasmes y passent.
J'ai lu par curiosité. Et comme l'a dit un commentateur, en
parcourant les 160 pages du livre, le lecteur passe par de multiples
impressions : sourire, rire, rejet, dégoût, envie, curiosité, incrédulité, révolte, admiration, répulsion
etc.
Rarement en lisant un livre je suis passé par autant de
sensations contraires, souvent en l'espace d'une ou deux minutes.
S'agit-il d'un livre écrit pour scandaliser le bourgeois ?
S'agit-il d'un livre pour faire crier d'effroi la plupart des femmes ?
S'agit-il de parler d'une facette de la vie, crûment, sans artifice, en appelant un chat une chatte, comme le dit
un autre commentateur ?
C'est au lecteur de faire son choix !
Quel a donc été mon choix ?
L'analyse que je fais est que ce texte nous livre les fantasmes
de Calaferte sur ce qu'il croit être les sensations et les obsessions érotiques
de quelques femmes qu'il a pu côtoyer au cours de sa vie. Il y a certainement
une forte part d'autobiographie dans les scènes qui sont décrites dans le
livre.
- Pourquoi ne
pas découvrir ces fantasmes de Calaferte ?
- Pourquoi ne
pas entrer dans son tourbillon à mille facettes ?
- Pourquoi ne
pas reconnaître son droit à l'expression trivialo-porno-érotique ?
- Parce que le
contenu est violent, abject, obscène ?
- Parce que
parler de bite, de pine ou de foutre cela nous dérange ?
- Parce que
l'auteur nous transforme en voyeur ou en complice ?
Voila une infime partie des questions que pose la
lecture de ce livre. C'est une littérature dérangeante, qui nous fait réagir,
qui nous interpelle dans nos certitudes morales, dans nos propres fantasmes,
dans notre propre approche de la sexualité. Tel était peut-être le but de
Calaferte.
J'ai fait le choix de lire ce livre jusqu'au bout par curiosité, par tolérance, par amour de la littérature, par respect pour l'écrivain !
Le style
Quant au style
et donc à la qualité d'écrivain de Calaferte, il n'y a pas de doute. Il y a du
talent dans ce livre, il y a une originalité dans la forme. Un critique a émis
cette opinion : " Styliste
impénitent, l'écriture est ici dynamique et limpide, sève amoureuse qui célèbre
son amour du sexe et des femmes. A la fois précis, intense, cru et détaché,
Calaferte délivre un des essais les plus audacieux qui soit, sous forme d'un
roman dont l'empirisme n'est plus à démontrer. Remarquable."
Je ne suis pas loin de partager cet avis dès lors qu'on a
bien admis que "La mécanique des
femmes" est " La mécanique
des femmes selon Calaferte".
Je me promets d'aller plus loin et de lire d'autres livres
de cet écrivain par trop méconnu.

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