Voilà un livre comme je les aime.
Un livre qui ne ressemble à aucun autre tant par la forme que par le fond.
Pour la forme, il s'agit d'une
écriture très poétique et sensuelle qui lève le voile sur une réalité très diversifiée,
avec un rythme qui s'apparente à celui d'une respiration calme.
Pour le fond, c'est la réalité
des Vietnamiens du 20e siècle faite de fastes et de misère, de privations, de
luttes, d'exil, de retours au pays et de volonté d'aller de l'avant, toujours
dans la plus grande dignité. Kim nous plonge dans ses souvenirs lointains et
plus récents, elle anime sous nos yeux avec talent ces personnages qui font
partie de sa vie, ses oncles, ses tantes qu'elle distingue grâce à des numéros,
ses cousines et tout un monde de familiers qui ont tous en commun d'avoir vécu
une vie bousculée, cassée, reconstruite.
"Je ne perdais ni mon idole ni mon roi, seulement un ami qui me
racontait des histoires de femmes, de politique, de peinture, de livres, de
frivolités surtout, parce qu'il n'avait pas vieilli avant de mourir. Il avait
arrêté le temps en continuant à s'amuser, à vivre jusqu'à la fin avec la
légèreté des jeunes adultes." p. 68
Intéressant ce thème de la
légèreté qui me tient tant à cœur.
"Bien qu'elle eut soixante ans, la sensualité de son ao dâi nous
atteignit. Le centimètre carré de peau qui s'y est révélé se moquait des
ravages du temps : il continuait à faire chavirer. Wyatt disait que ce
minuscule espace était son triangle d'or, son îlot de bonheur, son Vietnam à
lui. Il m'a soufflé entre deux gorgées de thé : "It stirs my soul" p.
119
Ah les mystères des ao dâi, tout le Vietnam est dans ce vêtement
merveilleux composé d'une tunique souple blanche, à la fois près du corps et
légère, qui se ferme sur le côté par de petits boutons et dont la partie
inférieure, fendue sur les côtés jusqu'au-dessus du bassin, est faite de deux
pans descendants jusqu'au-dessus des chevilles et d'un pantalon ample à taille
haute qui s'arrête à la taille pour laisser apparaître le fameux triangle de
chair diaphane, paradis entrevu, sensualité discrète mais présente !
Un beau livre, un voyage !

DE MICHEL BAC (il semble qu'il y ait des pbs pour faire des commentaires)
RépondreSupprimercomRavi que tu aies aimé ce texte,un hymne à la vie d'une profondeur et d'une légèreté rares.Quelle trajectoire que la sienne, plutôt quel parcours : car il a fallu du courage et de la ténacité pour traverser toutes ces épreuves.
Quel talent aussi pour traduire cette vie dans une prose délicate et suggestive.Elle donne à sentir les oppositions entre le monde des soldats du Nord et des filles du Sud ,entre la froidure du Québec et la chaleur de l'accueil des Québécois, et plus généralement entre les hommes et les femmes.
Bref, un texte d'une belle délicatesse, qui doit beaucoup, me semble-t-il, aux vertus du métissage
Michel BAC (publié par Gérard)
J'en ai certainement très mal parlé lors du dernier Square. Mais c'est vrai qu'il est difficile de s'exprimer sur ce livre tant il est subtil, délicat et fugitif. Un peu comme si le livre était en osmose avec ce qu'ont vécu les "boat people" ! Tout à fait d'accord avec ce que tu en dis ci-dessus. Merci pour ton commentaire.
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