mercredi 21 août 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM AVRIL 2013 - LA RIVIERE DES PARFUMS ET LA PAGODE DE LA DAME CELESTE



Le 4 avril, tôt le matin, une femme d'une cinquantaine d'années prénommée Hung je crois vient nous chercher à l'hôtel. Lorsque nous arrivons au bord de la rivière des Parfums, elle nous désigne un bateau jaune et bleu ancré au milieu du fleuve. Un coup de téléphone portable, le bateau manœuvre et vient nous rejoindre pour que nous embarquions. Nous faisons la connaissance de Djaiao, je crois, un petit homme trapu, à la fois souriant et réservé. Il ne parle ni le français, ni l'anglais, si bien que nous ne communiquerons avec lui que par gestes et par mimiques du visage. Quant à sa femme, elle parle quelques mots d'anglais.

(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

L'accueil est chaleureux. Le premier souci de nos hôtes est de nous demander ce que nous voulons manger à midi. Nous choisissons des nems, du riz et du porc. Le bateau repart pour accoster ensuite un peu plus loin. Devant notre étonnement, Hung nous explique qu'elle doit se rendre au marché en moto pour acheter les denrées nécessaires au repas de midi. Notre attente est d'environ une dizaine de minutes. Hung est vêtue d'une chemise à carreaux et d'un pantalon souple d'une couleur entre le bleu-roi et le mauve. Sue sa tête, elle porte un chapeau vietnamien qui lui cache une bonne partie du visage. C'est à Hué qu'on fabrique les plus beaux chapeaux coniques du pays. On sait que les femmes vietnamiennes utilisent tous les moyens pour se protéger du soleil. Le bronzage ici n'est pas un canon de beauté, bien au contraire. Il faut donc se protéger du soleil en permanence.

  L’allure du chapeau dépend surtout de la bonne réalisation de la structure et de l’arrondi des passes. Après la monture, on pose les feuilles de latanier d’une couleur blanche verdâtre. Le choix des feuilles est très important; elles ne doivent être ni trop jeunes ni trop âgées. Le chapeau conique fabriqué ici possède 16 passes. Ces passes en bris de bambou sont courbées, bien arrondies, et habilement liées aux deux bouts par un fil. La dernière étape exige un travail méticuleux consistant à coudre les feuilles de latanier sur les passes avec un fil polymère.

Le bateau repart sur cette rivière très large qui ne correspond pas à ce qu'imaginait Anne. Elle est en fait très large et l'air n'est pas particulièrement parfumé. C'est un véritable fleuve, peu fréquenté à cette époque de l'année, si ce n'est par quelques bateaux de tourisme et par des embarcations transportant du sable de la rivière. Ces bateaux, sortes de barques longilignes, sont remplis à ras bord. Il faut souvent écoper pour éviter que l'eau n'envahisse l'intérieur de la coque et alourdisse la charge jusqu'à faire couler le bateau.

(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

A certains endroits de la rivière, on peut observer les activités de dragage de la rivière. On voit comment les bateaux et les hommes qui sont dessus procèdent pour draguer le fond et pour trier le bon sable du reste qui est rejeté à l'eau immédiatement.
 
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

Les rives qui défilent sous nos yeux sont particulièrement verdoyantes en cette saison, il est vrai que Hué et sa région sont souvent arrosées par la pluie. La moindre parcelle de terre cultivable est exploitée. De temps en temps quelque buffle ou une paire de vaches, mais aussi des oiseaux blancs qui se cachent derrière les roseaux. Au loin, en toile de fond, nous observons les montagnes, en direction du nord-ouest.

La température monte au fur et à mesure que le bateau avance sur la rivière, le soleil tape. Bientôt nous arrivons à la première vraie escale de la journée. La pagode Thien Mu située sur un promontoire entouré d'arbres, se profile au loin.
Environ trois quarts d'heure après nous accostons au débarcadère qui se situe en bas de la pagode Thien Mu.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 

Je suis déjà venu ici en 2007, mais je me souviens avoir visité la pagode sous la pluie. Aujourd'hui le soleil brille. C'est quand même plus agréable.

En descendant du bateau, nous constatons qu'il y a peu d'affluence, ce qui nous réjouit. La pagode a été fondée en 1601 par Nguyen Hoang, le premier seigneur de la famille Nguyen. Son nom signifie pagode de la Dame Céleste. La tour a été construite plus tardivement, en 1841. Octogonale et à sept étages, elle symbolise les sept réincarnations du bouddha.
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
L'endroit est particulièrement paisible, l'ombre des grands arbres permet de contempler à l'abri du soleil la rivière et les paysages alentour.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
Deux pavillons situés à gauche et à droite de la tour abritent des symboles, l'un une tortue en pierre, magnifiquement sculptée symbole de la longévité, de sagesse et d'immortalité, l'autre une grande cloche de bronze datant de 1910 et portant à plus de dix kilomètres pour appeler à la prière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
On n'insistera jamais assez sur le rôle des sons dans le bouddhisme. A l'instar d'autres religions mais peut être de manière plus accentuée, les sons scandent le temps de la journée, ils appellent à la prière et au recueillement établissant ainsi une correspondance entre le temps terrestre et le temps céleste. La verticalité de la tour et sa forme octogonale ont également uns sens symbolique particulier.
Nous pouvons admirer le paysage de la campagne de Hué et l'activité des vietnamiens au bord de la rivière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous pénétrons ensuite dans la pagode et ici aussi le symbolisme est partout, symbolisme trinaire des portes représentant le passé, le présent et l'avenir. Le temple remarquable par ses proportions n'a rien de clinquant, ni dans la forme ni dans les couleurs et c'est ce que nous apprécions. Il se caractérise par une grande sobriété, aucune couleur agressive comme dans les temples chinois. Ici tout respire la finesse, la subtilité et la modestie. Vertus bien vietnamiennes.
Dans une vitrine est enfermée une statue de Bouddha qui le représente gras et hilare, complètement doré, ce qui tranche avec ce qui l'entoure et avec l'atmosphère sacré du lieu.
A l'intérieur du temple, quelques femmes sont agenouillées devant les statues de Bouddha. Elles prient avec ferveur tandis que des bâtons d'encens se consument lentement dans un imposant brule-parfum en bronze. Ici, comme ailleurs, et bien en évidence, un tronc immense et transparent a pour vocation de recueillir les offrandes des fidèles, notamment des billets de banque, mais ici, contrairement à d'autres endroits, les billets ne sont pas faux.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous quittons le temple et nous le contournons par la gauche, nous arrivons dans un magnifique jardins d'arbres nains en pots. J'évite d'utiliser le terme bonsaï car c'est un mot japonais qui ne correspond à aucune réalité ici.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Surprenante relique dans une sorte de garage ouvert dans un bâtiment de l'aile gauche derrière le temple, une vieille Austin de couleur bleu ciel rouillé ! Je me demande ce que cette voiture peut bien faire ici et pourquoi elle est exposée. La réponse est sur un panneau écrit en anglais : l'Austin a appartenu à Quang Duc, le bonze qui s'immola en 1963 au coeur de Saïgon pour protester contre la dictature du régime de l'époque (Diem était au pouvoir si je ne me trompe). Cet acte a surtout constitué les prémisses de l'unification des organisations bouddhiques de l'ensemble du pays en une seule institution: l'Eglise bouddhique du Vietnam.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
Nous reprenons notre bateau pour nous rendre sur les sites où sont érigés les tombeaux de la dynastie des Nguyen.
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Pendant le voyage nos hôtes nous présentent des produits d'artisanat local à vendre. Nous nous laissons tenter. Il ne faut pas oublier que dans tous les lieux touristiques, la vente des produits d'artisanat est réglementée et surveillée. Pour les vietnamiens cela constitue souvent l'apport principal de ressources, le prix du transport allant en quasi totalité à l'agence qui a enregistré la demande.

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM AVRIL 2013 : HUE, LA CAPITALE IMPERIALE - L'HOTEL SAIGON MORIN


  • L'Hôtel Saigon-Morin
L'hôtel a été créé en 1901 par un ancien officier français qui avait participé à la prise de Hué en 1885 et qui est devenu ensuite homme d'affaires, M. Bogaert.
Après le typhon de 1904, il a été endommagé, il a été transféré à un nouveau propriétaire M. Guérin. Mais ce pourquoi j'éprouve un vif intérêt pour ce lieu, c'est qu'il a été racheté en 1907 par un certain Wladimir Morin, originaire d'Arbois, dans le Jura, et il se trouve que je porte le même patronyme que ce monsieur.

L'hôtel en 1901

Lorsque j'étais descendu ici pour la première fois en 2007, j'avais eu l'occasion de visiter sur place une exposition présentant l'histoire de l'hôtel. J'avais en particulier observé avec une grande attention toutes les photos de la famille Morin, ancien propriétaire des lieux.
Wladimir, dont le buste trône dans le hall de l'hôtel, avait paraît-il une nombreuse famille. Il était originaire d'Arbois, dans le département du Jura. Il existe toujours des descendants qui sont d'ailleurs venus visiter le cimetière il y a quelques années.
 
         Wladimir Morin et son épouse Jeanne
Peut-être faudrait-il que je tente un déplacement à Arbois afin de consulter les actes d'état-civil, pour vérifier s'il existe des liens entre cette famille et la nôtre, qui porte le même patronyme ! Après tout, Arbois n'est pas très éloigné d'Auvillars-sur-Saône, berceau de ma famille (91 kms en passant par Dôle).
Aujourd'hui, d'après mes informations, l'hôtel a été rénové entre 1995 et 1997 sous la houlette du Comité populaire local via la société Thua Thien Hue Tourism, associée dans une joint-venture à Saigon Tourism.
 
(c) G. Morin - l'hôtel Saigon-Morin en avril 2013
 
(c) G. Morin - l'hôtel Saigon-Morin

 
(c) G. Morin - l'hôtel Saigon-Morin

(c) G. Morin - l'hôtel Saigon-Morin en avril 2013

samedi 3 août 2013

CARNETS DE VOYAGE : 3 AVRIL 3013 - MY SON, LE MUSEE CHAM DE DANANG ET LE COL DES NUAGES


Mỹ Sơn est un site que j'ai déjà visité en 2007, j'en ai gardé un souvenir émerveillé. Pour l'apprécier dans toute sa beauté, il faut le visiter tôt dans la matinée, lorsqu'il ne fait pas encore trop chaud et lorsque les lieux ne sont pas encore envahis pour des hordes de touristes.
Fidèles à ce principe, nous débarquons vers 8h 30 du matin. Notre chauffeur nous laisse à l'entrée du site et nous faisons une petite marche pour atteindre les premiers temples Champas.
Le site baigne dans une cuvette de verdure, dans un environnement majestueux peuplé de grands arbres. Lorsqu'on arrive, on a du mal a imaginer que ce fut un champ de bataille pendant la dernière guerre du Vietnam !





(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013

 


  • Que dire des Chams ?

C'est un peuple de religion hindouiste qui s'est établi au centre de la péninsule indochinoise au 2e siècle de notre ère. Les sources sont rares et apportent peu d'informations précises. Selon des textes chinois, c'est vers 192 que des "indigènes vivant au Sud de la commanderie de Je Nan, dans la région de l'actuelle ville de Hué, secouèrent le joug chinois et fondèrent un pays que les textes appellent le Lin Yi."
Les habitants parlaient une langue austronésienne, c'est-à-dire une langue originaire des îles du sud.


Schéma de l'expansion des langues austronésiennes (Wikipédia)


Le nom de Lin Yi (Lâm Ấp) signifie la Cité de la Forêt ou la Cité de Lin qui devait probablement se situer à Xianglin. 
Au fil des années,  le Lin Yi s'agrandit peu à peu vers le Nord jusqu' à la Porte d'Annam (Hoan Son) et vers le Sud, en englobant les principautés hindouisées.
Entre la fin du 2e siècle et la fin du 6e une mutation s'opère et Le Lin Yi se transforme en pays Cham. Il s'étend sur les plaines littorales de la mer de Chine méridionale et sur les hauts plateaux à l'Ouest.
Le centre politique et commercial se déplace dans la vallée du Thu Bồn (Quảng Nam). L'importance commerciale du nouvel État est marquée par les inscriptions de Bhadravarman qui est le premier souverain Cham à construire un temple à Mỹ Sơn
     

La population qui vivait dans cette région était composé en majorité de Chams, mais elle englobait aussi des minorités parlant des langues austronésiennes (Jaraï, Cru, Edê, Raglai...) et même austrosiatiques (Ma, Sré, Stieng...).
Les Chams avaient pour principaux ennemis les Viets, situé au Nord. Au fil des siècles ces derniers triomphèrent en grande partie en raison d'une démographie galopante.
L'apogée du royaume Cham se situe entre le 8e et le 10e siècles. Mais plutôt que d'un royaume unifié, il s'agissait d'une sorte de confédération de plusieurs principautés. Peu à peu on observe une substitution de l'hindouisme par le bouddhisme.
Au cours du 9e siècle que les Viets font irruption sur la scène politique et militaire de la région et développent peu à peu leur influence et leur puissance, au détriment des Chams.
A partir du 11e siècle la guerre s'intensifie entre le Dai Viet et les Chams. Viennent ensuite les guerres contre le royaume Khmer, puis contre les Mongols.
La décadence du royaume Champa commence au 15e siècle et se terminera en 1835.
 
 
Carte des principaux sites Cham


  • Que dire de Mỹ Sơn ?

C'était l'un des centres religieux les plus importants. Il était fréquenté uniquement par les castes supérieures : des rois et des religieux. Les Chams restèrent implantés pendant près de neuf siècles dans la région.
Le site se trouve dans la région montagneuse du district de Duy Xuyen de la province de Quang Nam au Centre du Vietnam, près de Da Nang.  Les temples se dressent dans un cirque entouré d’une chaîne de montagnes formant le bassin-versant du fleuve Thu Bon qui arrose un peu plus loin Hoi An avant de se jeter dans la mer de Chine.
 
C'est en 1869 que les premiers scientifiques de l'Ecole Française d'Extrême Orient explorent les lieux, découvrant des édifices construits en brique et en pierre, au cœur de la forêt, construits entre le VIIème et le XIIème siècle de notre ère. C'est Camille Paris qui le premier fit cette découverte inestimable et c'est Henri Parmentier qui en fit la description et l'inventaire.
 
 
Carte du site de My Son établie par Parmentier
 

Selon les experts de l'Unesco (le site est classé au Patrimoine mondial de l'Humanité), les tours-sanctuaires ont été construites sur dix siècles de développement continu dans ce qui constituait le cœur de la patrie ancestrale du clan régnant des Dua qui ont unifié les clans Chams et établi le royaume de Champapura (cité du peuple Cham en sanskrit) en l'an 192 après JC. 
Du 4e au 13e siècle, cette culture unique sur le littoral du Viet Nam actuel, a été tributaire spirituel de l’hindouisme du sous-continent indien.  Sous cette influence, de nombreux temples ont été construits, dédiés à des divinités hindoues telles que Krishna et Vishnou, mais surtout Shiva.
Bien que le bouddhisme mahayana ait pénétré ensuite la culture Cham, probablement à partir du 4e siècle, et se soit établi fermement dans le nord du royaume, l’hindouisme shivaïte est demeuré la religion officielle.


(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013

Les monuments du sanctuaire de My Son sont les constructions les plus importantes de la civilisation Cham. Les tours-sanctuaires présentent une variété de dessins architecturaux symbolisant la grandeur et la pureté du Mont Méru, la montagne sacrée mythique, berceau des dieux hindous au centre de l’univers, à présent reproduite symboliquement sur terre dans la patrie montagneuse du peuple cham.  Les temples sont construits en briques cuites avec des piliers en pierre, décorés de bas-reliefs en grès qui représentent des scènes de la mythologie hindoue. Leur caractère sophistiqué en matière de technologie témoigne des compétences des Chams en génie, alors que l’iconographie et le symbolisme élaborés des tours-sanctuaires jettent de la lumière sur le contenu et l’évolution de la pensée religieuse et politique Cham.

Le sanctuaire de Mỹ Sơn évoque de manière lumineuse la vie spirituelle et politique d’une étape importante de l’histoire de l’Asie du Sud-Est.
 
L'une des caractéristiques de l'architecture Cham est que les sites sur lesquels sont construits les temples sont rarement aménagés avec soin, contrairement à ce que l'on trouve dans l'architecture khmère.
Les grands temples comprennent généralement trois sanctuaires alignés Nord-Sud. Le matériau utilisé est la brique, la pierre n'est utilisée que pour l'ornementation ou la consolidation.

Le site de Mỹ Sơn comprend plusieurs groupes d'édifices identifiés par des lettres auxquelles sont associés le cas échant des chiffres.

 - Le groupe A a été complètement rasé par les Américains pendant la guerre. A l'Ouest, il faisait face aux monuments des groupes B, C et D, comme on peut le voir sur la carte ci-dessus.  L'autel de pierre aujourd'hui visible a été reconstitué en 1988.
- Les groupes B, C et D; le sanctuaire principal ou Kalan (B1) date du 4e siècle. Il était consacré à Bhadresvara. Il avait pour fonction de recueillir les offrandes des fidèles. Construit au 6e siècle et reconstruit un siècle après. 
Dans l'architecture Cham, le kalan est la tour sanctuaire. Elle est accompagnée souvent d'une bibliothèque, édifice de plan barlong à deux salles et d'une grande salle avec une ou plusieurs nefs, recouvertes d'une charpente et d'un toit en tuiles.

(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013
 
(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013

(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013
 
(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013
 
 
(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013
 
(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013
 
Le groupe B5, construit au Xème siècle et exceptionnellement doté de fenêtres, renfermait les livres sacrés et les objets rituels, parfois en or, destinés aux offices célébrés dans le bâtiment B1. Son architecture, caractérisée par un toit en forme de bateau (largement détruit), témoigne de l'influence malayo-polynésienne.
 Le sanctuaire C1 date du VIIIème siècle. Il était voué au culte de Shiva, plutôt représenté sous forme de linga que sous forme humaine. L'intérieur du bâtiment abrite encore l'autel sur lequel reposait la divinité. Cette dernière est conservée au musée de la sculpture cham de Danang. Les murs extérieurs en brique sont sculptés de motifs représentatifs de l'art cham du VIIIème siècle.
^
Les bâtiments D abritaient des mandapas (ouverts aux quatre vents) et des édifices à colonnes.
 
- Les groupes E et F comprenaient d'importantes sculptures. Aujourd'hui le bâtiment E est protégé par un toit de tôle et des pylônes métalliques.
 
- Le groupe G comprend cinq monuments, mais il n'est pas accessible.
Seules une vingtaine de tours peuvent être observées par les visiteurs aujourd'hui. Plusieurs édifices ont été détruits pendant la dernière guerre du Vietnam. Evidemment aujourd'hui, sur le site ne subsistent que les murs des temples qui ont pu être restaurés au fil des ans. Lorsqu'on se rend sur le site aujourd'hui on observe plusieurs équipes en train de procéder à des restauration minutieuses, notamment dans le groupe E.

(c) G. Morin - Site de My Son avril 2013

L'essentiel des statues des dieux du panthéon hindouiste et des pièces religieuses est abrité aujourd'hui dans le musée Champa de Da Nang, dans le musée d'Histoire de Hanoi et aussi au musée Guimet de Paris.

Je vous propose une visite du musée Champa de Da Nang.
 
  • Le Musée Champa de Da Nang
 (c) G. Morin avril 2013 - Le musée Cham de Da Nang
 
 (c) G. Morin avril 2013 - Le musée Cham de Da Nang, l'entrée des visiteurs
 
Après nous être rendus sur le site, nous visitons donc dans la foulée le magnifique Musée de Da Nang, situé dans les anciens bâtiments de l'Ecole Française d'Extrême Orient.
 
 
Les bâtiments de l'Ecole Française d'Extrême Orient, aujourd'hui transformés en musée
Dans une ville en mutation permanente à deux pas du pont au dragon jaune, le musée Champa constitue une sorte de havre de paix, mais lorsque la chaleur est torride. On pénètre dans le bâtiment par un jardin qui conduit au bâtiment principale assorti de d'une aile de chaque côté.
Le musée propose aux visiteurs 294 pièces ayant leur origine entre le VIIIe et le XVe siècles. Parmi les pièces remarquables, j'ai retenu :
  • Vishnou et la naissance de Brahma ( salle My Son)
 
(c) G. Morin. Musée Champa avril 2013. Vishnou et la naissance de Brahma. Début 2ème moitié du VIIe
 
Il s'agit du fronton du temple E1 à My Son. Les sculpteurs ont représenté le mythe de l'apparition de l'Ere du Lotus. L'univers est englouti et le dieu Vishnou, couché sur les eaux cosmiques, médite, tout en flottant sur le serpent de l'Eternité à sept têtes.
Du nombril du dieu sort le Lotus des Mondes d'où surgit Brahma, qui va créer lui-même notre monde. On distingue à droite de Vishnou un ascète à la barbe pointue et sur les deux extrémités du fronton deux femmes avec des pattes d'oiseau. Elles tiennent dans leurs mains des serpents.
 
 
. le dieu Ganesha (salle My Son)
 
(c) G. Morin - Musée Cham Da Nang, avril 2013 - Dieu Ganesha Style My Son E1, VIIIe
 
Cette imposante statue du dieu Ganesha a été extraite en 1903 à l'occasion des fouilles du temple B3 à My Son. Curieusement la statue porte dans sa main droite sa défense cassée et dans la gauche un bol avec du gâteau.
 
  • La danseuse de Trâ Kiêu

 


 
(c) G. Morin - Musée Cham Da Nang avril 2013 - La danseuse de Trâ Kiêu. Style Trâ Kiêu Xe
 
 
A priori on peut penser à une représentation érotique notamment en raison de la transparence suggérée du vêtement portée par ma danseuse. Mais ce qui est remarquable dans cette statue, ce sont les mouvements du corps représentant les mouvements de la danse : la jambe gauche répond au bras droit, l'avant bras droit renvoie au mollet gauche, tandis que le bras gauche, en complète extension fait contrepoids à la cuisse gauche qu'il accompagne. Le visage de la danseuse est particulièrement fin, c'est celui de la beauté triomphante et sûre d'elle-même.
 
 
  •  La Divinité féminine
 

(c) G. Morin - Musée Cham Da Nang avril 2013 - La divinité féminine de style Thâp Mâm, fin XIIIe
Ce serait en réalité la statue d'un avatar de Vishnou. La statue pourrait dater de la fin du XIIIe siècle.
 
 
  • La Tara de bronze

C'est la pièce la plus remarquable à mon goût. IL s'agit d'une superbe statue de bronze de Boddhisattva Tàrà, la déesse qui renonce au nirvana pour exercer la compassion sur terre.
 
 
(c) G. Morin.  La Tara de bronze. Musée Cham Da Nang  avril 2013
Cette Tara incarne la compassion au féminin. C'est le plus grand bronze Champa connu à ce jour. Elle réunit dans une même œuvre les influences indienne et chinoise et les traditions purement champas. Exécutée à la cire perdue, l'image a été terminée au ciseau. Les épaules larges contrastent avec l'étroitesse du torse, contredite elle-même par des seins volumineux et expressifs. Les bras sont très longs et les mains paraissent faire une mudra du raisonnement ou de l'exposition. Le vêtement fait de deux jupes superposées est d'un finesse extraordinaire. Le visage semble assez dur en dépit d'une arête nasale très fine. Mais le regard est attiré par les yeux qui sont incrustés. La coiffure est tressée en nattes verticales soutenues par deux tresses horizontales. Un bandeau cerne le front de la statue.
 
 
(c) G. Morin.  La Tara de bronze. Musée Cham Da Nang  avril 2013
     
  • La route mandarine et le col des Nuages en direction de Hué

(c) G. Morin - juillet 2013 - Vue du col des Nuages
 
Le col des Nuages se situe sur la nationale 1 qui relie le Sud au Nord du Vietnam. C'est un des sites les plus célèbres du Vietnam aussi bien pour les touristes que pour les autochtones. Le col symbolise traditionnellement la limite naturelle entre le Nord et le Sud du Vietnam. Mais cette limite n'a rien à voir avec la démarcation du 17ème parallèle qui se situe au nord de Hué et qui comportait une zone démilitarisée (DMZ).
 
 
Le long de la côte Est, le tracé de la route n°1, la route Mandarine

Autrefois la route du col était un passage quasi obligatoire. Aujourd'hui existe un tunnel à péage qui évite aux véhicules de grimper jusqu'au col et de gagner environ 30 minutes sur le trajet Da Nang Hué ou inversement. Nous l'emprunterons au retour.

Le tunnel de Hai Vân a été inauguré en juin 2005. Il a nécessité plus de 1.095 journées de travail, 1.000 ingénieurs et ouvriers vietnamiens et japonais ont participé à sa construction. Il mesure 6 kilomètres et 280 m de long, il comprend deux voies. Sa hauteur est de  7,50 m, et pour assurer la sécurité, un tunnel secondaire a été construit. près de 15 000 véhicules l'empruntent chaque jour.

Récemment, les autorités ont engagé des travaux gigantesques pour aménager différents accès au tunnel, qui desservent la "riviera" conduisant jusqu'à Da Nang. On peut imaginer que dans les vingt ans à venir l'économie de la région sera totalement transformée.
 
(c) G. Morin - juillet 2013 - Le pont après le tunnel et le village de Lang Cô
 

Au col nous nous arrêtons pour contempler le paysage et pour découvrir les restes d'une citadelle construite par le roi Minh Mang, en particulier la porte de la frontière Nord de Hai Vân Quan et également les restes hideux de quelques constructions datant des Français et des Américains (bunkers notamment). Les boutiques à touristes situées des deux côtés de la route ne relèvent pas la qualité du site !

 


(c) G. Morin - juillet 2013 - Col des Nuages, la porte frontière Nord

 


Aujourd'hui, la route mandarine comme on l'appelle encore n'est plus fréquentée dans la partie donnant accès au col que par les touristes et du coup, il est plus facile de s'arrêter pour contempler le paysage, même si au sommet, à environ 500m d'altitude, le temps est souvent brumeux. Mais il faut bien mériter sa réputation ! Les flancs des montagnes environnantes sont tapissés de pins caraïbes et d’eucalyptus luxuriants.

Au pied du col se situe la magnifique baie de Lang Cô. Un village de pêcheurs dont la vie a été totalement transformée par la construction du tunnel. On peut imaginer les élans spéculatifs qui animent certains promoteurs. Dommage, car le site est d'une beauté extraordinaire comme on peut en juger sur le photos.
 
(c) G. Morin - juillet 2013 - Le village de Lang Cô
 
(c) G. Morin - juillet 2013 - Le village de Lang Cô
 
De part et d'autres du col, nous avons conscience d'observer des sites naturels d'une grande beauté, mais qui seront appelés à de profondes transformations dans les années à venir, alors nous en profitons.