mercredi 21 août 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM AVRIL 2013 - LA RIVIERE DES PARFUMS ET LA PAGODE DE LA DAME CELESTE



Le 4 avril, tôt le matin, une femme d'une cinquantaine d'années prénommée Hung je crois vient nous chercher à l'hôtel. Lorsque nous arrivons au bord de la rivière des Parfums, elle nous désigne un bateau jaune et bleu ancré au milieu du fleuve. Un coup de téléphone portable, le bateau manœuvre et vient nous rejoindre pour que nous embarquions. Nous faisons la connaissance de Djaiao, je crois, un petit homme trapu, à la fois souriant et réservé. Il ne parle ni le français, ni l'anglais, si bien que nous ne communiquerons avec lui que par gestes et par mimiques du visage. Quant à sa femme, elle parle quelques mots d'anglais.

(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

L'accueil est chaleureux. Le premier souci de nos hôtes est de nous demander ce que nous voulons manger à midi. Nous choisissons des nems, du riz et du porc. Le bateau repart pour accoster ensuite un peu plus loin. Devant notre étonnement, Hung nous explique qu'elle doit se rendre au marché en moto pour acheter les denrées nécessaires au repas de midi. Notre attente est d'environ une dizaine de minutes. Hung est vêtue d'une chemise à carreaux et d'un pantalon souple d'une couleur entre le bleu-roi et le mauve. Sue sa tête, elle porte un chapeau vietnamien qui lui cache une bonne partie du visage. C'est à Hué qu'on fabrique les plus beaux chapeaux coniques du pays. On sait que les femmes vietnamiennes utilisent tous les moyens pour se protéger du soleil. Le bronzage ici n'est pas un canon de beauté, bien au contraire. Il faut donc se protéger du soleil en permanence.

  L’allure du chapeau dépend surtout de la bonne réalisation de la structure et de l’arrondi des passes. Après la monture, on pose les feuilles de latanier d’une couleur blanche verdâtre. Le choix des feuilles est très important; elles ne doivent être ni trop jeunes ni trop âgées. Le chapeau conique fabriqué ici possède 16 passes. Ces passes en bris de bambou sont courbées, bien arrondies, et habilement liées aux deux bouts par un fil. La dernière étape exige un travail méticuleux consistant à coudre les feuilles de latanier sur les passes avec un fil polymère.

Le bateau repart sur cette rivière très large qui ne correspond pas à ce qu'imaginait Anne. Elle est en fait très large et l'air n'est pas particulièrement parfumé. C'est un véritable fleuve, peu fréquenté à cette époque de l'année, si ce n'est par quelques bateaux de tourisme et par des embarcations transportant du sable de la rivière. Ces bateaux, sortes de barques longilignes, sont remplis à ras bord. Il faut souvent écoper pour éviter que l'eau n'envahisse l'intérieur de la coque et alourdisse la charge jusqu'à faire couler le bateau.

(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

A certains endroits de la rivière, on peut observer les activités de dragage de la rivière. On voit comment les bateaux et les hommes qui sont dessus procèdent pour draguer le fond et pour trier le bon sable du reste qui est rejeté à l'eau immédiatement.
 
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums

Les rives qui défilent sous nos yeux sont particulièrement verdoyantes en cette saison, il est vrai que Hué et sa région sont souvent arrosées par la pluie. La moindre parcelle de terre cultivable est exploitée. De temps en temps quelque buffle ou une paire de vaches, mais aussi des oiseaux blancs qui se cachent derrière les roseaux. Au loin, en toile de fond, nous observons les montagnes, en direction du nord-ouest.

La température monte au fur et à mesure que le bateau avance sur la rivière, le soleil tape. Bientôt nous arrivons à la première vraie escale de la journée. La pagode Thien Mu située sur un promontoire entouré d'arbres, se profile au loin.
Environ trois quarts d'heure après nous accostons au débarcadère qui se situe en bas de la pagode Thien Mu.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 

Je suis déjà venu ici en 2007, mais je me souviens avoir visité la pagode sous la pluie. Aujourd'hui le soleil brille. C'est quand même plus agréable.

En descendant du bateau, nous constatons qu'il y a peu d'affluence, ce qui nous réjouit. La pagode a été fondée en 1601 par Nguyen Hoang, le premier seigneur de la famille Nguyen. Son nom signifie pagode de la Dame Céleste. La tour a été construite plus tardivement, en 1841. Octogonale et à sept étages, elle symbolise les sept réincarnations du bouddha.
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
L'endroit est particulièrement paisible, l'ombre des grands arbres permet de contempler à l'abri du soleil la rivière et les paysages alentour.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
Deux pavillons situés à gauche et à droite de la tour abritent des symboles, l'un une tortue en pierre, magnifiquement sculptée symbole de la longévité, de sagesse et d'immortalité, l'autre une grande cloche de bronze datant de 1910 et portant à plus de dix kilomètres pour appeler à la prière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
On n'insistera jamais assez sur le rôle des sons dans le bouddhisme. A l'instar d'autres religions mais peut être de manière plus accentuée, les sons scandent le temps de la journée, ils appellent à la prière et au recueillement établissant ainsi une correspondance entre le temps terrestre et le temps céleste. La verticalité de la tour et sa forme octogonale ont également uns sens symbolique particulier.
Nous pouvons admirer le paysage de la campagne de Hué et l'activité des vietnamiens au bord de la rivière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous pénétrons ensuite dans la pagode et ici aussi le symbolisme est partout, symbolisme trinaire des portes représentant le passé, le présent et l'avenir. Le temple remarquable par ses proportions n'a rien de clinquant, ni dans la forme ni dans les couleurs et c'est ce que nous apprécions. Il se caractérise par une grande sobriété, aucune couleur agressive comme dans les temples chinois. Ici tout respire la finesse, la subtilité et la modestie. Vertus bien vietnamiennes.
Dans une vitrine est enfermée une statue de Bouddha qui le représente gras et hilare, complètement doré, ce qui tranche avec ce qui l'entoure et avec l'atmosphère sacré du lieu.
A l'intérieur du temple, quelques femmes sont agenouillées devant les statues de Bouddha. Elles prient avec ferveur tandis que des bâtons d'encens se consument lentement dans un imposant brule-parfum en bronze. Ici, comme ailleurs, et bien en évidence, un tronc immense et transparent a pour vocation de recueillir les offrandes des fidèles, notamment des billets de banque, mais ici, contrairement à d'autres endroits, les billets ne sont pas faux.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous quittons le temple et nous le contournons par la gauche, nous arrivons dans un magnifique jardins d'arbres nains en pots. J'évite d'utiliser le terme bonsaï car c'est un mot japonais qui ne correspond à aucune réalité ici.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Surprenante relique dans une sorte de garage ouvert dans un bâtiment de l'aile gauche derrière le temple, une vieille Austin de couleur bleu ciel rouillé ! Je me demande ce que cette voiture peut bien faire ici et pourquoi elle est exposée. La réponse est sur un panneau écrit en anglais : l'Austin a appartenu à Quang Duc, le bonze qui s'immola en 1963 au coeur de Saïgon pour protester contre la dictature du régime de l'époque (Diem était au pouvoir si je ne me trompe). Cet acte a surtout constitué les prémisses de l'unification des organisations bouddhiques de l'ensemble du pays en une seule institution: l'Eglise bouddhique du Vietnam.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
 
Nous reprenons notre bateau pour nous rendre sur les sites où sont érigés les tombeaux de la dynastie des Nguyen.
 
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Pendant le voyage nos hôtes nous présentent des produits d'artisanat local à vendre. Nous nous laissons tenter. Il ne faut pas oublier que dans tous les lieux touristiques, la vente des produits d'artisanat est réglementée et surveillée. Pour les vietnamiens cela constitue souvent l'apport principal de ressources, le prix du transport allant en quasi totalité à l'agence qui a enregistré la demande.

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