Le 4 avril, tôt le matin, une
femme d'une cinquantaine d'années prénommée Hung je crois vient nous chercher à
l'hôtel. Lorsque nous arrivons au bord de la rivière des Parfums, elle nous
désigne un bateau jaune et bleu ancré au milieu du fleuve. Un coup de téléphone
portable, le bateau manœuvre et vient nous rejoindre pour que nous embarquions.
Nous faisons la connaissance de Djaiao, je crois, un petit homme trapu, à la
fois souriant et réservé. Il ne parle ni le français, ni l'anglais, si bien que
nous ne communiquerons avec lui que par gestes et par mimiques du visage. Quant
à sa femme, elle parle quelques mots d'anglais.
(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums
L'accueil est chaleureux. Le
premier souci de nos hôtes est de nous demander ce que nous voulons manger à
midi. Nous choisissons des nems, du riz et du porc. Le bateau repart pour
accoster ensuite un peu plus loin. Devant notre étonnement, Hung nous explique
qu'elle doit se rendre au marché en moto pour acheter les denrées nécessaires
au repas de midi. Notre attente est d'environ une dizaine de minutes. Hung est
vêtue d'une chemise à carreaux et d'un pantalon souple d'une couleur entre le
bleu-roi et le mauve. Sue sa tête, elle porte un chapeau vietnamien qui lui
cache une bonne partie du visage. C'est à Hué qu'on fabrique les plus beaux
chapeaux coniques du pays. On sait que les femmes vietnamiennes utilisent tous
les moyens pour se protéger du soleil. Le bronzage ici n'est pas un canon de
beauté, bien au contraire. Il faut donc se protéger du soleil en permanence.
L’allure du chapeau dépend
surtout de la bonne réalisation de la structure et de l’arrondi des passes.
Après la monture, on pose les feuilles de latanier d’une couleur blanche
verdâtre. Le choix des feuilles est très important; elles ne doivent être ni
trop jeunes ni trop âgées. Le chapeau conique fabriqué ici possède 16 passes.
Ces passes en bris de bambou sont courbées, bien arrondies, et habilement liées
aux deux bouts par un fil. La dernière étape exige un travail méticuleux
consistant à coudre les feuilles de latanier sur les passes avec un fil
polymère.
Le bateau repart sur cette
rivière très large qui ne correspond pas à ce qu'imaginait Anne. Elle est en
fait très large et l'air n'est pas particulièrement parfumé. C'est un véritable
fleuve, peu fréquenté à cette époque de l'année, si ce n'est par quelques
bateaux de tourisme et par des embarcations transportant du sable de la
rivière. Ces bateaux, sortes de barques longilignes, sont remplis à ras bord.
Il faut souvent écoper pour éviter que l'eau n'envahisse l'intérieur de la
coque et alourdisse la charge jusqu'à faire couler le bateau.
(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums
A certains endroits de la
rivière, on peut observer les activités de dragage de la rivière. On voit
comment les bateaux et les hommes qui sont dessus procèdent pour draguer le
fond et pour trier le bon sable du reste qui est rejeté à l'eau immédiatement.
(c) G. Morin - avril 2013 - Rivière des parfums
Les rives qui défilent sous nos
yeux sont particulièrement verdoyantes en cette saison, il est vrai que Hué et
sa région sont souvent arrosées par la pluie. La moindre parcelle de terre
cultivable est exploitée. De temps en temps quelque buffle ou une paire de
vaches, mais aussi des oiseaux blancs qui se cachent derrière les roseaux. Au
loin, en toile de fond, nous observons les montagnes, en direction du
nord-ouest.
La température monte au fur et à
mesure que le bateau avance sur la rivière, le soleil tape. Bientôt nous
arrivons à la première vraie escale de la journée. La pagode Thien Mu située sur
un promontoire entouré d'arbres, se profile au loin.
Environ trois quarts d'heure
après nous accostons au débarcadère qui se situe en bas de la pagode Thien Mu.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Je suis déjà venu ici en 2007,
mais je me souviens avoir visité la pagode sous la pluie. Aujourd'hui le soleil
brille. C'est quand même plus agréable.
En descendant du bateau, nous
constatons qu'il y a peu d'affluence, ce qui nous réjouit. La pagode a été
fondée en 1601 par Nguyen Hoang, le premier seigneur de la famille Nguyen. Son
nom signifie pagode de la Dame Céleste. La tour a été construite plus
tardivement, en 1841. Octogonale et à sept étages, elle symbolise les sept
réincarnations du bouddha.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
L'endroit est particulièrement
paisible, l'ombre des grands arbres permet de contempler à l'abri du soleil la
rivière et les paysages alentour.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Deux pavillons situés à gauche et à droite de
la tour abritent des symboles, l'un une tortue en pierre, magnifiquement
sculptée symbole de la longévité, de sagesse et d'immortalité, l'autre une
grande cloche de bronze datant de 1910 et portant à plus de dix kilomètres pour
appeler à la prière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
On n'insistera jamais assez sur
le rôle des sons dans le bouddhisme. A l'instar d'autres religions mais peut
être de manière plus accentuée, les sons scandent le temps de la journée, ils
appellent à la prière et au recueillement établissant ainsi une correspondance
entre le temps terrestre et le temps céleste. La verticalité de la tour et sa
forme octogonale ont également uns sens symbolique particulier.
Nous pouvons admirer le paysage
de la campagne de Hué et l'activité des vietnamiens au bord de la rivière.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous pénétrons ensuite dans la
pagode et ici aussi le symbolisme est partout, symbolisme trinaire des portes
représentant le passé, le présent et l'avenir. Le temple remarquable par ses
proportions n'a rien de clinquant, ni dans la forme ni dans les couleurs et
c'est ce que nous apprécions. Il se caractérise par une grande sobriété, aucune
couleur agressive comme dans les temples chinois. Ici tout respire la finesse,
la subtilité et la modestie. Vertus bien vietnamiennes.
Dans une vitrine est enfermée une
statue de Bouddha qui le représente gras et hilare, complètement doré, ce qui
tranche avec ce qui l'entoure et avec l'atmosphère sacré du lieu.
A l'intérieur du temple, quelques
femmes sont agenouillées devant les statues de Bouddha. Elles prient avec
ferveur tandis que des bâtons d'encens se consument lentement dans un imposant
brule-parfum en bronze. Ici, comme ailleurs, et bien en évidence, un tronc
immense et transparent a pour vocation de recueillir les offrandes des fidèles,
notamment des billets de banque, mais ici, contrairement à d'autres endroits,
les billets ne sont pas faux.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous quittons le temple et nous
le contournons par la gauche, nous arrivons dans un magnifique jardins d'arbres
nains en pots. J'évite d'utiliser le terme bonsaï car c'est un mot japonais qui
ne correspond à aucune réalité ici.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Surprenante relique dans une sorte
de garage ouvert dans un bâtiment de l'aile gauche derrière le temple, une
vieille Austin de couleur bleu ciel rouillé ! Je me demande ce que cette
voiture peut bien faire ici et pourquoi elle est exposée. La réponse est sur un
panneau écrit en anglais : l'Austin a appartenu à Quang Duc, le bonze qui
s'immola en 1963 au coeur de Saïgon pour protester contre la dictature du
régime de l'époque (Diem était au pouvoir si je ne me trompe). Cet
acte a surtout constitué les prémisses de l'unification des organisations
bouddhiques de l'ensemble du pays en une seule institution: l'Eglise bouddhique
du Vietnam.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
Nous reprenons notre bateau pour
nous rendre sur les sites où sont érigés les tombeaux de la dynastie des
Nguyen.
(c) G. Morin - avril 2013 - Pagode de la Dame Céleste
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