jeudi 22 août 2013

CARNETS DE VOYAGE AU VIETNAM AVRIL 2013 : LES TOMBEAUX IMPERIAUX PRES DE HUE


Après une heure de navigation sur la rivière le bateau nous laisse à un endroit où nous attendent deux motos l'une pilotée par Hung, l'autre pilotée par un jeune homme. Nous enfilons chacun un casque trop petit pour nous et qui manifestement ne nous protègera en aucune manière en cas d'accident.

La journée sera consacrée à la visite d'une grande partie des tombeaux des empereurs de la dynastie Nguyen.

Avant d'entamer cette visite, parcourons la liste des empereurs.

La dynastie Nguyen est la dernière dynastie impériale vietnamienne. Treize empereurs se sont succédé entre 1802 et 1945.
Pour mieux se repérer, voici la liste des empereurs Nguyen avec les dates de leur règne.


  1. Gia Long (1802–1820)
  2. Minh Mang (1820–1841)
  3. Thieu Tri (1841–1847)
  4. Tu Duc (1847–1883)
  5. Duc Duc (1883), frère de Tu Duc (règna 3 jours et fut destitué et emprisonné avant de mourir de faim dans sa cellule)
  6. Hiep Hoa (1883) (règne 4 mois et se suicide à l'opium après son abdication imposée par les co-régents)
  7. Kien Phuc (1883–1884) (accède au trône à 15 ans, éliminé 6 mois après par les deux régents)
  8. Ham Nghi (1884–1885) (empereur à 16 ans, résiste contre les Français, déporté en Algérie en 1889, décède en 1944)
  9. Dong Khanh (1885–1889) (frère ainé du précédent, mis en place par les Français)
  10. Than Thai (1889–1907) (fils de Duc Duc, accède au trône à 10 ans avec le soutien des Français, abdique en 1907 sous la pression des Français pour motif de folie, décède en 1954)
  11. Duy Tan (1907–1916) (fils du précédent, empereur très jeune, il est destitué et exilé par les Français avec son père à la Réunion, meurt en 1944 dans un accident d'avion)
  12. Khai Dinh (1916–1925)
  13. Bao Dai (1926–1945 et 1949-1955)

 
Voici dans l'ordre de visite une brève présentation des souverains et des tombeaux que nous avons visités.
 
- Tu Duc (1847–1883)
 
 
Né en 1829, le fils de Thieu Tri succéda à son père et régna pendant 35 ans sur le Viet Nam entre 1847 et 1883. La succession ne fut pas aisée, les mandarins s'y opposèrent. Ils préféraient le frère de Tu Duc, Ho Quang Bao, l'ainé des deux, qui semblait plus apte à gouverner. Finalement ce dernier, considéré comme plus imprégné de confucianisme, fut désigné par son père et l'emporta.
Une fois au pouvoir, Tu Duc eut à faire face à des rebellions intérieurs et à des infiltrations de pirates en provenance de Chine. L'empereur, qui était ce que l'on appellerait aujourd'hui un conservateur, chercha à fermer son pays à toute influence extérieure. Il cultivait un goût pour la poésie et la politique n'était guère sa préoccupation principale, ainsi que le sort de son peuple.
En 1858, l'exécution de missionnaires occidentaux provoque une expédition punitive franco-espagnole.
En 1859, les Français occupent Saigon que l'armée vietnamienne essaie de reprendre, ce qui entraîne une intervention française. En 1862, Tu Duc est contraint de céder à la France, par le traité du 5 juin, les provinces orientales de Cochinchine, puis, en 1867, la Cochinchine occidentale.
Tu Duc meurt sans laisser de descendance. Cette situation va engendrer une instabilité dans la gouvernance du royaume, cinq empereurs se succèdent en l'espace de deux ans.
En définitive c'est Dong Khanh qui accède au trône, mais il mourra au bout de quatre ans de règne.

- Le tombeau de Tu Duc
C'est sous son règne que commença la colonisation française. Cet homme était à la fois un poète et un sanguinaire sans aucuns égards pour ses sujets. C'est le 4ème empereur dans la lignée des Nguyen. Selon moi c'est celui qui a choisi le plus bel endroit pour implanter son palais et son mausolée.
Le lac au bord duquel se trouve le pavillon de pêche et des banquets est un endroit particulièrement romantique qui incite à la méditation. Evidemment à l'heure de notre visite, en fin de matinée, il est clair que nous cherchons plutôt à nous rafraichir qu'à méditer, mais tout est relatif.
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
Le parc où est situé le mausolée est d'une grande beauté, il contient de multiples espèces d'arbres que nous avons beaucoup de mal à identifier : les frangipaniers, des jacquiers, les longaniers, des litchis, des arbres à durian…

(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013

Comme dans tous les palais des empereurs, plusieurs bâtiments étaient réservés aux femmes du souverain et en particulier à ses concubines.
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
Nous visitons le palais sous un soleil de plomb, la cour d'honneur est majestueuse, entourée de très belles salles avec des structures en bois.
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
 
Dans l'une des salles, on se prend à rêver au temps où le palais était habité.
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
 
- Dong Khanh (1885-1889)

Nous reprenons les motos sous un soleil toujours plus chaud pour nous rendre au tombeau de Dong Khanh situé à quelques centaines de mètres. Mais, nous faisons chou blanc car le site est en rénovation. Bien sûr cela n'est indiqué sur aucun des guides et l'agence ne nous a rien dit non plus. Dommage, mais il me semble bien être venu ici en 2007. Il faudra que je recherche dans mes archives.

Quelques mots quand même sur cet empereur éphémère.

Dong Khanh


C'était le neveu de Tu Duc, il a régné seulement pendant quatre ans entre 1885 et 1889. Sa désignation a reçu l'aval des Français. Mais dans le royaume, on voulait faire de l'empereur un symbole de la résistance. Le temps n'aura pas laissé la possibilité à cet empereur de s'exprimer durablement au plan politique. Quant à son caractère, il est souvent décrit comme brutal et vaniteux. Il mourut emporté par une crise de paludisme.
Il est le père de l'empereur Khai Dinh

Nous enfourchons à nouveau les motos un peu déçus par cet fermeture du site. Nous traversons la campagne en empruntant un dédale de petits chemins de terre, c'est un peu sportif, mais très agréable, car la nature est foisonnante.  Les chemins sont bordés d'arbres et souvent de maisons ce qui nous met à l'abri du soleil. A cinquante deux ans, Haung pilote sa moto au moins aussi bien que le jeune homme derrière lequel je suis monté et qui n'est ni bavard, ni véritablement sympathique. A l'arrière de la moto j'éprouve quand même certaines difficultés pour me tenir en équilibre. Avec ma main droite j'essaie d'agripper la poignée située derrière la double-selle, dans mon dos. De surcroît, mon casque trop petit n'arrête pas de partir en arrière tandis que mes lunettes de soleil ont tendance à glisser jusqu'au bout de mon nez. Si je veux remettre un peu d'ordre dans tout cela, il ne me reste que ma main droite de libre et il faut que je choisisse le bon moment, c'est-à-dire le court instant où il n'y a ni bosse, ni nid de poule, ni virage en angle droit, sous peine de perdre mon équilibre et de me retrouver les quatre fers en l'air. Parfois, un camion vrombissant et crachant une intense fumée noire avance lentement et  nous barre la route, peu importe Haung et son acolyte n'en font qu'une bouchée. C'est un peu risqué, mais oh combien jouissif, cela nous change de la vie de bureau et du métro parisien.
 
 
 
- Thieu Tri  (1841-1847)
Cet empereur est le 3e souverain de la dynastie des Nguyen. Il est le fils aîné de l'empereur Minh Mang et le père de Tu Duc. Il règne du 14 février 1841 à sa mort le 4 Novembre 1847.
C'était un fin lettré et un amateur de poésie. Au plan intérieur, il a poursuivi la politique de son père qui fut un souverain apprécié. C'est sous son règne que le Viet Nam a connu sa plus forte expansion avec l'intégration de la Cochinchine, cédée par le Cambodge en 1846.



- Le tombeau de Thieu Tri

Aujourd'hui, le site où est construit son tombeau est quasiment à l'abandon, cela lui donne un charme certain, d'autant plus que peu de visiteurs sont présents.
Nous arrivons par la droite du site. Nous escaladons une sorte de colline qui donne accès à un temple. Une partie est restaurée tandis que l'autre est à l'abandon.
Nous redescendons à travers bois vers le lac qui entoure le mausolée, le tombeau lui-même se situant sur un monticule à droite, mais il ne se visite pas.
Le soleil est au zénith et malheureusement nous cherchons plus à nous abriter du soleil qu'à admirer la beauté de l'architecture du site.
Nous laissons derrière nous le tombeau érigé sur la colline de la Concorde pour accéder au mausolée. pour ce faire il nous faut emprunter l'une des trois passerelles conduisant à l'escalier majestueux permettant d'accéder au mausolée. Nous empruntons le pont central, celui réservé à l'empereur, comme il se doit.


(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013

J'observe une nouvelle fois  l'importance du symbolisme trinaire, mais aussi la volonté qu'avaient les souverains d'affirmer leur pouvoir en limitant les accès aux lieux où ils vivaient et où ils reposaient. La présence d'escaliers majestueux laissait aussi aux visiteurs autorisés le soin de méditer sur la puissance du monarque et sur son rang parmi les hommes.


(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


Après une halte sous un grand arbre nous nous lançons dans l'exploration du mausolée. Rien d'extraordinaire si ce n'est quelques tableaux et dehors dans la cour située de l'autre côté les statues et les statues majestueuses des mandarins, des soldats et des animaux.

 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013



- Khai Dinh (1916 - 1925)




(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


Cet empereur régna de 1916 à 1925. C'était le fils de Thieu Tri et le père du dernier empereur Bao Dai. Khai Dinh n'a pas laissé un grand souvenir. Il a en particulier laissé faire les Français en matière de politique intérieure et il s'est contenté d'une vie fastueuse aux dépens de son peuple. Ses goûts de luxe et son esprit vaniteux transparaissent lorsqu'on visite son tombeau. Ce souverain ne fut pas aimé par son peuple.

Khai Dinh, marié à la reine Doan Huy Hoang Thi Cuc, est le père du dernier empereur, adoubé par les Français, Bao Daï, qui mourut en 1997 au Val de Grâce à Paris. Avec Bao Dai se termine le règne des empereurs Nguyen.

Le 6 juin 1954, un mois après Dien Bien Phu, Ngô Dinh Diêm - favorable à la république - est nommé Premier ministre. Avec l'appui des Américains, l'homme s'impose dans la partie sud du Vietnam située en dessous du 17e parallèle à la suite des accords de Genève signés le 20 juillet 1954. Le 23 octobre 1955, Bảo Đại est destitué et la République proclamée à la suite d'un référendum truqué organisé par Diệm qui triomphe avec 98 % des voix.

 
- Le tombeau

Les motos nous déposent au bas d'un gigantesque escalier conduisant au mausolée de cet empereur, fils de Dang Khanh. Je connaissais déjà le site, mais Anne semble très étonnée par l'ampleur de l'édifice.

(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013

Ce monarque a fait construire en effet l'une des plus surprenantes tombes impériales. Construite en béton, elle mélange aux éléments traditionnels vietnamiens (comme des dragons) des éléments d'architecture française de style art déco.


Il se présente sous la forme d'un quadrilatère adossé au mont Chau Chu. On accède au mausolée par un immense escalier orné de dragons sur les côtés.
La premier palier est bordée de pavillons de garde. Le second est paré de statues d'une garde d'honneur de douze soldats avec des mandarins, des éléphants et des chevaux sur le modèle des statues du tombeau de Thieu Tri. A ce niveau également est située la stèle sur laquelle on peut observer des idéogrammes glorifiant les mérites de l'empereur : à tout seigneur, tout honneur comme dit le proverbe.

Le mausolée est situé au somment d'un gigantesque escalier donnant accès à plusieurs paliers. En plein midi c'est une véritable gageure d'escalader les marches très hautes, de plus en plus hautes mêmes qui donnent accès aux différents niveaux.

Au sommet se situe le mausolée à proprement parler avec des salles décorées d'une manière très kitsch.
Les plus beaux effets de ce goût artistique à nul autre comparable se trouve sans conteste dans la salle même du tombeau, là où se situe, tel une pharaon, une immense statue en bronze du souverain.

 

(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013

 
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 


(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013





(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


Il nous reste à voir ensuite le dernier tombeau situé sur l'autre rive de la rivière des Parfums. Les motos nous conduisent jusqu'à l'entrée du site après avoir franchi un pont et une grande route en construction.






- Minh Mang (1820-1841).
C'est le plus jeune fils de l'empereur Gia Long. Ardent défenseur du confucianisme, il sera un farouche opposant à la France et il persécutera les chrétiens. Il s'oppose systématiquement à toute relation avec l'Occident.
C'est le père de Thieu Tri.
Minh Mang est un grand bâtisseur. On lui doit un développement important du bâti de la Cité Impériale et de la Cité Interdite de Hué. Son tombeau est également un des plus remarquables.


 
- Le tombeau de Minh Mang
En pénétrant dans l'enceinte de ce dernier mausolée, nous prenons un coup de chaud. Nous nous abritons sous un grand arbre, adossés au parapet d'un petit pont qui enjambe un lac des plus romantiques sur lequel semblent posés par un doigt divin des nénuphars et des lotus.
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
 
(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013
 
L'architecture du site correspond à celle d'un corps étendu avec la tête sur les montagnes et les pieds dans la rivière des Parfums. L'ensemble s'organise sur un axe de 700 m, le long duquel se succèdent  35 monuments, palais, pavillons, ponts, canaux et lacs.
 

(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


A cette heure, il y a peut-être dix personnes qui visitent le site. Comme nous, elles ont l'air accablées par la chaleur. Il est 12h30. Je prends mon courage à deux mains pour grimper jusqu'au portique d'entrée donnant accès au temple, complètement restauré. Rien de très original par rapport à ce que nous avons déjà vu. Nous arrivons à saturation.


(c) G. Morin - Tombeaux impériaux - Hué, avril 2013


Heureusement le bateau n'est pas loin. Il nous attend. Nous retrouvons notre équipage : serviettes rafraîchissantes et boissons fraîches sont les bienvenues. La table est mise, nous n'avons qu'à nous asseoir. Nos hôtes sont toujours aussi souriants et prévenants, c'est très agréable.

Les mets préparés par Haung sont très acceptables et pendant notre absence, elle a eu la gentillesse d'acheter des bananes, sachant que nous aimions cela.
 

(c) G. Morin - Rivière des Parfums - Hué, avril 2013


Nous avons du mal à étancher notre soif. Le bateau repart à son rythme nous apportant ainsi de l'air un  peu moins chaud. Haung et Djiao nous demandent si nous souhaitons encore voir un tombeau. La réponse est négative. Nous préférons naviguer sur la rivière des Parfums jusqu'à Hué en contemplant les magnifiques paysages de la région avec les montagnes à l'horizon.

(c) G. Morin - Rivière des Parfums - Hué, avril 2013
 

(c) G. Morin - Hué, avril 2013

Retour à Hué avec l'aide de Haung.

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